Depuis 2022 et le début du conflit opposant la Russie à l’Ukraine, l’Union européenne a renforcé ses capacités militaires, mais pas assez pour qu’elle puisse affronter seule une guerre. Le dernier rapport de la Cour des comptes européenne (CCE), publié jeudi 3 septembre, affirme que la capacité de l’Alliance à répondre à une invasion étrangère en autonomie d’ici 2030, objectif qu’elle s’était fixé, reste incertaine.
« Assurer la capacité de défense de l’UE d’ici 2030 demeure un défi. Des difficultés majeures persistent, telles que la fragmentation des systèmes nationaux et les goulets d’étranglement industriels. Nous restons également dépendants des États-Unis », souligne Marek Opioła, l’un des auditeurs chargés de l’évaluation. En s’adressant au Guardian, ce membre de la CCE a ajouté que des progrès « considérables » pouvaient toutefois être réalisés si les dépenses et la production augmentaient.
Des efforts pourtant importants, mais trop de points faibles
Entre 2020 et 2025, les Vingt-Sept ont augmenté leurs dépenses militaires de 79 %, notamment sous l’effet de la « menace russe » et de la pression exercée pour atteindre les objectifs de l’Otan. Sauf que cet argent ne résout pas les problèmes de fond. Les industries de défense européennes restent dispersées entre les États et les coopérations entre eux sont jugées « insuffisantes ». Les auteurs du rapport estiment que cette situation contribue à « un risque de duplication des dépenses et de lacunes persistantes dans les capacités militaires ».
Soutenir une guerre de « haute intensité », d’ici la fin de la décennie, semble à leurs yeux difficile en l’état actuel, d’autant que l’UE persiste dans sa dépendance aux fournisseurs américains. Entre février 2022 et juin 2023, 78 % des achats militaires des gouvernements européens provenaient de pays étrangers. À eux seuls, les États-Unis représentaient 63 % de ces commandes.
Les acquisitions se sont multipliées après l’invasion russe, car les Européens avaient besoin de matériel au plus vite, ce que la CCE considère comme « compréhensible », mais les poursuivre peut devenir un problème. Le vieux continent doit développer parallèlement ses propres armes, martèle le document.
De grands projets industriels avancent à vitesse d’escargot
Le rapport cite également plusieurs blocages qui ralentissent toute coopération entre les pays membres, comme l’abandon par la France et l’Allemagne du projet d’avion de combat à 100 milliards d’euros, après des désaccords entre les industriels sur la direction du programme. Si l’Europe cherche tout de même à privilégier les équipements fabriqués sur son territoire, elle se heurte quelquefois aux « urgences militaires ».
Cet été, l’Ukraine a, par exemple, demandé à pouvoir utiliser une partie du prêt européen de 90 milliards d’euros pour acheter des missiles Patriots aux Américains, ce qui nécessite une dérogation aux règles. La CCE estime que si acheter à l’étranger peut être justifié « lorsque vous avez un besoin urgent à court terme », il faut ensuite préparer l’avenir. « Même si vous achetez quelque chose que vous ne possédez pas en interne, vous devez toujours prévoir comment développer cette capacité essentielle à long terme au sein de l’Union européenne », note le texte. Un défaut tenace de l’UE.