En Tunisie, l’Union générale tunisienne du travail, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et l’Ordre national des avocats ont annoncé, le 3 septembre 2026, la création d’un cadre de coordination commun pour sortir le pays d’une crise sociale et politique aggravée par les coupures d’eau et d’électricité de l’été.

L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et l’Ordre national des avocats tunisiens ont annoncé, le 3 septembre 2026, la création d’un « cadre de coordination commun » destiné à sortir la Tunisie d’une crise sociale et politique alimentée par un été marqué par des coupures d’eau et d’électricité à répétition. Dans un communiqué conjoint, les trois organisations appellent à une révision globale des choix économiques, sociaux et politiques du pays et à l’ouverture d’un dialogue national inclusif.

Cette initiative reste rare dans un contexte de répression croissante de l’opposition et de la société civile en Tunisie. L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), quatrième composante historique du « quartet du dialogue national » récompensé par le prix Nobel de la paix en 2015 pour son rôle dans la sortie de crise de 2013-2014, ne figure pas parmi les signataires de ce nouveau cadre.

Les trois organisations dénoncent dans leur communiqué la baisse du pouvoir d’achat, l’élargissement de la pauvreté et du chômage, ainsi que des perturbations d’approvisionnement en médicaments et produits de base. Elles pointent également un recul des droits et libertés, des restrictions sur l’activité syndicale et politique, une justice dont l’indépendance serait compromise, des conditions carcérales préoccupantes et des contraintes pesant sur la liberté de la presse.

Le texte évoque aussi le drame de la noyade de plusieurs jeunes originaires de Ben Guerdane, dans le sud-est du pays, lors d’une tentative de migration irrégulière vers l’Europe.

Des morts suspectes en détention pendant la canicule

La dégradation des conditions carcérales, citée par les trois organisations, intervient après un été marqué par plusieurs décès suspects en détention pendant la canicule. L’Organisation mondiale contre la torture avait documenté treize morts suspectes en Tunisie entre mai 2025 et avril 2026, un bilan qui ne prenait pas en compte les décès survenus pendant la vague de chaleur de juillet 2026. La section de Ben Arous de la LTDH avait, fin juillet, qualifié de « suspects » plusieurs décès supplémentaires survenus en détention et réclamé une enquête.

Cette coordination intervient plus de cinq ans après le coup de force du président Kaïs Saïed, qui s’était octroyé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021. Depuis, l’opposition et les organisations de la société civile dénoncent un recul continu des droits et libertés dans le pays considéré comme le berceau du printemps arabe.