La première partie du documentaire Les femmes pharaons au pouvoir dans l’Égypte ancienne explique comment se serait structuré l’État territorial de l’ancienne Égypte. Le conditionnel s’impose car beaucoup de zones d’ombre demeurent autour de ce processus qui s’est étendu sur plus de 250 ans. Des femmes ont-elles exercé le pouvoir suprême à cette époque prédynastique et quel a été leur rôle ? En 2025, des scientifiques de différentes disciplines se sont rendues sur le terrain pour mener l’enquête. Leurs conclusions apportent des informations surprenantes sur la place accordée aux reines – un sujet qui n’était pas considéré par les historiens comme prioritaire, jusqu’à une date récente –, depuis les balbutiements de l’État égyptien jusqu’aux grandes dynasties.

Le film montre en particulier l’égyptologue allemande Christiana Köhler et la neurobiologiste égyptienne Radwa Khalil à Abydos, au cœur de la nécropole d’Umm el-Qaab. Christiana Köhler est la première à y avoir mené, à partir de 2020, des fouilles approfondies de la tombe de Meret-Neith, datée d’environ 5000 ans. Cette reine de la Ire dynastie repose dans une sépulture immense, dotée d’un mobilier abondant, dont un millier de jarres de vin pour la plupart intactes ! Le soin apporté à sa construction et à celle des tombes secondaires de ce complexe funéraire révèle l’importance accordée à cette reine, connue pour avoir exercé le pouvoir à la place de son jeune fils.

Des femmes puissantes

Mais celle-ci n’est pas la première à avoir régné. Cet honneur reviendrait à la régente Neith-Hotep, au début de la Ire dynastie. En cas de décès prématuré du roi, c’est son épouse qui dirige en effet le pays jusqu’à la majorité de l’héritier, comme le rappelle l’égyptologue Yasmin El Shazly, du Centre américain de recherche du Caire. D’autres souveraines ont ensuite exercé les plus hautes fonctions : Néférousobek (XIIe dynastie), la célèbre Hatchepsout (XVIIIe dynastie), qui après avoir été régente se fait couronner pharaon, Néfertiti (XVIIIe dynastie), puis Taousert (XIXe dynastie) ont régné avant la plus célèbre d’entre elles, Cléopâtre VII, il y a un peu plus de deux mille ans. Il n’est pas exclu, précise Christiana Köhler, que les traces d’autres femmes de pouvoir aient été perdues ou volontairement « effacées » par leurs successeurs masculins. Ainsi, Thoutmosis III, neveu et co-souverain d’Hatchepsout, fait sciemment disparaître le nom de celle-ci des cartouches royaux. Toutefois, il ne réussit pas à la faire sombrer dans l’oubli.

Servi par des images superbes tournées en décor naturel ou à l’intérieur de musées et de monuments – comme à Deir el-Bahari, où se trouve le temple funéraire monumental d’Hatchepsout –, le documentaire parvient, en 1h30, à couvrir plusieurs millénaires d’histoire égyptienne, essentiellement du point de vue des souveraines. Un exploit qui mérite d’être salué, avec, toutefois, un petit bémol : l’introduction – plus d’une demi-heure – consacrée aux conditions de l’émergence de l’État centralisé égyptien aurait gagné être raccourcie pour entrer plus rapidement dans le vif du sujet. De plus, on perd parfois le fil rouge du propos, comme au cours de cette partie consacrée aux recherches d’une géomorphologue, Eman Ghoneim, pour retrouver le bras disparu du Nil, situé à l’ouest du fleuve actuel. Bien qu’intéressante, cette digression paraît très éloignée du sujet principal. Le dernier quart d’heure y revient et conclut sur la condition des femmes dans l’Égypte antique. Celles-ci ne sont pas les égales des hommes, comme on le pense souvent, mais bénéficient de droits inconnus alors dans les autres civilisations antiques, comme celui d’être propriétaire, d’hériter ou de divorcer. Une condition dont les Égyptiennes d’aujourd’hui devraient s’inspirer, comme le souhaite la neuroscientifique Radwa Khalil.

L’égyptologue Christiana Köhler et la neurobiologiste Radwa Khalil à Abydos. Image tirée du documentaire «Les femmes pharaons au pouvoir dans l’Égypte ancienne » de Christiane Streckfuss, 2026.Caligari Entertainment

À noter :

Les femmes pharaons au pouvoir dans l’Égypte ancienne de Christiane Streckfuss, 2026, à voir sur arte le 5 septembre, à 15h45, et sur arte.tv jusqu’au 26 novembre 2026.