Taxées sur l’électrique, les marques
chinoises misent désormais sur les hybrides rechargeables pour
inonder l’Europe. À Bruxelles et Berlin, l’idée de nouveaux droits
de douane monte.

À peine Bruxelles a-t-elle dressé un mur tarifaire contre les
voitures électriques chinoises que la bataille se déplace déjà.
Après les berlines et SUV à batterie, ce sont désormais les modèles
hybrides rechargeables venus de Chine qui se retrouvent au centre
des discussions. Une question monte en volume : l’Europe va-t-elle
imposer à son tour des
droits de douane
sur ces véhicules ? Et certains responsables
politiques, en Allemagne en particulier, ne cachent plus leur
volonté de refermer cette brèche. Quitte à ouvrir un nouveau front
commercial avec Pékin.

En juin 2026, environ un
hybride rechargeable
sur trois vendu en Europe venait de Chine,
selon les données disponibles. Ces modèles profitent du fait que
les mesures européennes visent aujourd’hui surtout les
véhicules 100 % électriques
produits en Chine. Des groupes
comme BYD ont rapidement réorienté leur offre vers
ces PHEV. La marque est devenue numéro un du marché hybride
rechargeable en Allemagne, avec plusieurs milliers
d’immatriculations par mois. De quoi alimenter l’idée que
l’offensive européenne contre les électriques a ouvert une brèche
que Pékin exploite à grande échelle.

Électriques taxées, les hybrides chinoises dans le viseur de
l’Europe

En 2024, la Commission européenne a lancé une
enquête anti-subventions sur les voitures électriques à batterie
fabriquées en Chine. Elle a débouché sur le règlement d’exécution
2024/2754. Ce texte ajoute des droits dits compensateurs aux 10 %
appliqués à toutes les voitures importées dans l’Union
européenne. Selon les dossiers examinés, le total peut
approcher 40 à 45 % pour certains constructeurs. L’idée est de
répondre à ce que Bruxelles décrit comme des subventions massives,
des surcapacités et des prix de dumping. L’objectif affiché reste
de rétablir des conditions de concurrence jugées plus équitables
pour les industriels européens.

BYD © BYD

Après
les voitures électriques chinoises, les hybrides rechargeables
pourraient être taxés à leur tour en Europe.

Problème, cette offensive vise pour l’instant uniquement les
véhicules 100 % électriques. Les voitures hybrides
rechargeables restent en marge du dispositif et ne sont
pas couvertes par l’enquête anti-subventions sur les BEV. Elles
supportent bien le droit d’importation classique, mais restent
nettement moins taxées que les modèles électriques équivalents
produits en Chine. Les constructeurs chinois ont très vite compris
l’intérêt de cette différence de traitement. Dès que le mur
tarifaire s’est dressé devant les électriques, une partie de leurs
exportations s’est déplacée vers les PHEV.

Berlin pousse pour des droits de douane sur les voitures
hybrides chinoises

Ce basculement vers les hybrides ne laisse plus l’Allemagne
indifférente. À Berlin, un parti au pouvoir pousse l’Union
européenne à instaurer des tarifs sur les voitures hybrides
chinoises. Ce serait une rupture avec la prudence traditionnelle du
pays sur ce type d’outils commerciaux. Cette inflexion se lit dans
les propos de Lars Klingbeil, ministre des
Finances et chef du SPD. Il s’exprimait lors d’une visite de
l’usine BMW de Spartanburg, aux États-Unis. Face au débat sur les
pratiques jugées déloyales de Pékin, il a assumé une ligne plus
ferme. « Cela ne signifie pas que nous cherchons la
confrontation, mais là où nous voyons que la Chine ne joue plus
selon les règles, nous devons nous positionner autrement », a
déclaré Lars Klingbeil, cité par dpa-AFX.

Dans le même échange, Lars Klingbeil a évoqué la possibilité de
droits de douane sur les voitures hybrides
chinoises. Il a aussi jugé envisageable une obligation de
coentreprise. Elle forcerait les firmes chinoises à s’associer à
des partenaires à majorité européenne afin de protéger le savoir
faire technologique. En toile de fond, la crainte face à une

concurrence chinoise
toujours plus forte grandit depuis des
années en Allemagne. Les secteurs les plus exposés sont
l’automobile et la construction de machines. Les Européens
reprochent à Pékin ses pratiques commerciales jugées déloyales. Ils
pointent de lourdes subventions publiques, des capacités de
production excédentaires et des prix considérés comme du dumping.
Les entreprises occidentales n’obtiennent souvent accès au marché
chinois que dans des conditions jugées difficiles. Olaf Lies,
ministre de l’Économie de Basse-Saxe, a réclamé des droits
d’importation sur les hybrides chinoises. Il l’a fait dans un
courrier adressé à Ursula von der Leyen et au gouvernement fédéral.
Officiellement, la Commission assure que l’enquête en cours ne vise
que les voitures électriques à batterie. Et pourtant, plusieurs
fuites à Bruxelles indiquent qu’une extension possible aux hybrides
rechargeables est désormais sur la table.