À quelques jours de l’ouverture de la chasse, fixée mi-septembre
dans de nombreux départements, les chasseurs sont appelés à une
vigilance renforcée. Une étude de l’Autorité européenne
de sécurité des aliments (EFSA), menée par Karl Ståhl, Anette
Boklund, Tomasz Podgórski et leurs collègues, confirme une flambée
de la peste porcine africaine (PPA) chez les sangliers européens en
2025. Le nombre de foyers détectés dans l’Union européenne a bondi
de 44% en un an, passant de 7677 à 11 036 cas, sans qu’aucun vaccin
n’existe encore.
Quatorze pays se trouvaient concernés en 2025, contre treize
l’année précédente, après la détection du virus chez des sangliers
en Espagne, une première depuis 1994. Chez les porcs d’élevage, les
foyers ont grimpé de 333 à 585 cas, la Roumanie en concentrant 81%.
Ces chiffres restent inférieurs aux niveaux de 2018-2021 : la
tendance reste évolutive, sans bilan définitif possible selon les
auteurs.
Pologne, Allemagne et Roumanie en première ligne
Pour ce bilan, l’EFSA a croisé six sources de données. A savoir
: résultats de laboratoire, données d’élevage, notifications
officielles, tableaux de chasse et zones réglementées, complétés
par un questionnaire envoyé aux autorités sanitaires. Plus de 618
000 échantillons de sangliers et 518 000 échantillons de porcs ont
été analysés en 2025. La Pologne concentre 31% des foyers chez les
sangliers, suivie de l’Allemagne (18%). La maladie suit
généralement un pic hivernal chez les sangliers, tandis que le pic
estival s’atténue chez les porcs domestiques.
La détection repose surtout sur les carcasses retrouvées mortes
en forêt. 28% d’entre elles se révèlent positives, ce qui a permis
de repérer 71% des foyers chez les sangliers. À l’inverse, les
animaux prélevés à la chasse ne révèlent une contamination que dans
moins de 1% des cas. Chez les porcs domestiques, 84% des foyers ont
été détectés par simple observation clinique. Les tests
systématiques ciblent surtout les grands élevages de plus de 1000
bêtes.
Deux contaminations à l’origine toujours inconnue
Deux événements ont particulièrement retenu l’attention en 2025.
En juin, un sanglier mort en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en
Allemagne, portait une souche génétiquement distincte de celles
déjà présentes dans le pays, proche de virus circulant en Calabre,
dans le sud de l’Italie. En novembre, un second cas est apparu à
environ 700 kilomètres du foyer connu le plus proche, en Catalogne.
Le virus n’y avait plus circulé depuis 1994. Dans les deux cas, les
analyses génétiques n’ont pas permis de remonter à l’origine de la
contamination. Malgré tout une fuite de laboratoire a été écartée
en Espagne. Ces translocations confirment que l’intervention
humaine reste le principal vecteur suspecté vers de nouvelles
régions.
Ces foyers imposent des zones réglementées où circulation des
animaux et chasse peuvent se voir restreintes. En 2025, elles
couvraient jusqu’à 100% du territoire en Roumanie, en Estonie ou en
Lettonie. Environ 1600 km² ont déjà été délimités en Catalogne.
Plus de 16 000 sangliers sont morts de la maladie dans l’Union
européenne, soit 58% de plus qu’en 2024. Trois pays sont toutefois
parvenus à éradiquer localement le virus. Il s’agit de la
République tchèque, l’Allemagne dans le Brandebourg et la Saxe, et
l’Italie dans plusieurs régions du sud.
La France, toujours indemne mais sous
surveillance
La France reste officiellement indemne. Mais la menace est jugée
élevée par les autorités sanitaires. La PPA se voit confirmée en
septembre 2020 à l’est de l’Allemagne, en janvier 2022 en Italie et
en juin 2024 à l’ouest de l’Allemagne. Des sangliers infectés se
trouvaient à moins de 60 km de la frontière française. À l’approche
de l’ouverture de la chasse, le ministère de l’Agriculture et le réseau de
surveillance SAGIR rappellent aux chasseurs de signaler tout
sanglier mort ou malade. Et de désinfecter bottes, gants et
véhicules après chaque sortie.
Au-delà des pertes économiques pour la filière porcine, la
gestion de la PPA influence désormais les règles de chasse.
Effectivement, il y a des quotas assouplis ou des battues
renforcées dans les zones à risque. Sans vaccin disponible, les
experts de l’EFSA recommandent de concentrer les efforts sur la
recherche de cadavres plutôt que sur les tests réalisés à la
chasse. Ils appellent à harmoniser les méthodes génétiques pour
mieux tracer, à l’avenir, l’origine de ces contaminations.