Mohamed Chtatou, universitaire marocain, a publié une analyse sur la plateforme Eurasia Review, dans un article consacré aux élections marocaines et à la crise de la représentativité politique. Il s’appuie notamment sur les résultats des enquêtes d’Afrobarometer, un réseau africain indépendant et non partisan qui mesure les tendances de l’opinion publique concernant la démocratie, la gouvernance, les institutions politiques, l’économie et la qualité de vie dans les pays africains.
Une confiance limitée chez les jeunes
Les dernières données du réseau consacrées à la jeunesse marocaine font apparaître un niveau de confiance limité à l’égard de plusieurs institutions et acteurs politiques. Quelque 37% des jeunes interrogés déclarent faire confiance au Parlement, contre 34% pour les conseils communaux et 33% pour le chef du gouvernement.
La même proportion, soit 33%, est enregistrée pour les partis de la majorité comme pour ceux de l’opposition, tandis que les autres indicateurs traduisent une appréciation prudente des performances de plusieurs institutions et élus.
S’agissant de l’action gouvernementale et législative, 29% des jeunes approuvent la performance du chef du gouvernement, contre 28% pour celle des parlementaires. Le taux d’approbation de l’action des conseillers communaux s’établit, lui, à 30%.
Un intérêt pour la reddition des comptes, mais une faible participation
Ces résultats ne signifient pas, en eux-mêmes, que les jeunes se désintéressent de la politique. Les données montrent que 67% d’entre eux sont favorables à ce que le chef du gouvernement rende des comptes devant le Parlement sur l’utilisation des deniers publics, tandis que 63% approuvent son obligation de respecter les lois et les décisions de justice, même lorsqu’ils les jugent erronées.
En revanche, le réseau relève une moindre participation des jeunes à certaines formes traditionnelles d’engagement politique, notamment le vote et le sentiment de proximité avec un parti, par rapport aux catégories plus âgées. D’autres formes d’expression politique émergent toutefois, en particulier sur les réseaux sociaux et à travers les mouvements de protestation.
Cette situation met en évidence un décalage entre l’adhésion aux principes de gouvernance et de reddition des comptes et le niveau d’implication dans certains canaux politiques traditionnels. Il s’agit de l’un des éléments que l’analyse de Chtatou inscrit dans le contexte plus large de la crise de la représentativité.
Chtatou relie l’abstention à la crise de la représentativité
Pour Mohamed Chtatou, le risque d’abstention ne doit pas être réduit à un désintérêt pour les élections. Il doit être examiné à la lumière du niveau de confiance accordé aux partis et aux institutions, ainsi que de la nature de la relation entre les électeurs et les acteurs politiques. Son analyse s’intéresse également à l’émiettement du paysage partisan, à la similitude des programmes et des discours, ainsi qu’au poids des considérations locales, des réseaux d’influence et de l’argent dans la compétition électorale.
Selon cette lecture, une faible participation, si elle se confirme au terme du scrutin, constituera un indicateur à analyser au même titre que les résultats eux-mêmes. Elle pourrait refléter, en partie, la nature de la relation actuelle entre les citoyens et les institutions politiques.
Il convient toutefois de rappeler que les données d’Afrobarometer ne constituent pas une mesure électorale spécifique aux élections du 23 septembre et ne prédisent pas le taux de participation ou d’abstention lors de ce scrutin. De même, leurs résultats sur la confiance des jeunes et la participation politique ne suffisent pas à démontrer que les électeurs s’abstiendront de voter. Ils fournissent plutôt des indicateurs susceptibles d’éclairer l’analyse du climat politique et social entourant les élections.
Dans cette perspective, Chtatou présente les élections de 2026 comme un test dépassant la seule répartition des partis au sein du prochain Parlement. Il s’agit aussi d’évaluer leur capacité à mobiliser les électeurs et à restaurer la confiance dans l’action partisane et les institutions élues, alors que plusieurs indicateurs font apparaître une distance notable entre une partie de la jeunesse et les canaux traditionnels de participation politique.