Avec notre correspondante à Nairobi, Gaëlle Laleix
Les files d’attente s’étendent sur des centaines de mètres. Muni de quelques photocopies, assis sur le trottoir, Stanislas patiente. Cela fait six ans qu’il vit au Kenya où il tient une petite échoppe. Maintenant, il veut partir au plus vite : « Nous avons besoin de documents pour traverser la frontière. De l’autre côté, les familles vont nous accueillir quand même. Le plan, c’est de faire des petits travaux qui vont nous permettre de survivre. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Le jour où j’ai entendu la décision du président, mon cœur a tremblé »
C’est dépité qu’Evariste se dirige vers le portail de l’ambassade. Il vient de dépenser ses derniers shillings dans les photocopies nécessaires à sa demande de papiers : « Je me sens mal parce que j’ai laissé mon travail. Cela fait trois ans que je suis au Kenya. Au Burundi, il n’y a pas de travail ».
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Un désarroi que partage Sanguiva. Ce trentenaire fait du commerce d’arachides. Il est venu s’installer au Kenya car c’est la première économie de la sous-région. Avec l’annonce de William Ruto, ses projets d’avenir s’effondrent : « Quand je vais passer au Burundi, je vais travailler dans l’agriculture. Je me sens mal parce que l’argent que j’ai gagné ici, au Kenya, je ne vais pas le gagner là-bas, au Burundi, parce que notre pays est en voie de développement. Le Kenya est supérieur au Burundi ».
Le ministère des Affaires étrangères burundais a annoncé, ce week-end, l’envoi de bus au Kenya, pour faciliter le retour de ses ressortissants.
« Des personnes ont déjà été battues »
L’annonce du président William Ruto a créé un vent de panique au sein de la communauté burundaise. Droit comme un I, serré dans une longue file d’attente, Vince s’accroche à ses photocopies comme à une bouée. Installé au Kenya, depuis quatre ans, il veut partir par le premier bus, car il redoute une poussée xénophobe : « Ici au Kenya, nous avons peur parce que des personnes ont déjà été battues, avec des bâtons. Le sentiment n’est pas bon. Nous sommes malheureux ».
Chez certains, l’inquiétude se mue en indignation. Bukuru doit révolutionner sa vie, du jour au lendemain et ne comprend pas comment il en est arrivé là : « Nous ne sommes pas contents parce que nous avons à peine trois jours pour nous préparer à partir. Il y a beaucoup de gens qui n’ont pas l’argent pour rentrer. C’est très grave de se retrouver comme ça ».
Plusieurs mouvements de la société civile kényane et des partis d’opposition ont fait part de leur solidarité à l’égard des ressortissants burundais. « La solution à nos problèmes, c’est l’émancipation économique, ce sont des emplois décents, c’est l’industrialisation, c’est la justice sociale. La solution n’est sûrement pas de désigner des boucs émissaires ou de monter les Africains les uns contre les autres », tient à souligner Friedrich Ojiro, de l’organisation Vocal Africa.
D’après le Département des services pour les réfugiés du Kenya, le pays abrite aujourd’hui près de 34 000 demandeurs d’asile burundais.
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