Le parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), a déposé plainte lundi auprès du procureur d’Abidjan contre Justin Koné Katinan, vice-président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), et contre le parti de Laurent Gbagbo, pour diffamation, injure et diffusion de fausses nouvelles, après des propos imputant au pouvoir l’orpaillage clandestin et le trafic de drogue.

La plainte, signée du secrétaire exécutif du RHDP, Ibrahima Cissé Bacongo a été enregistrée lundi au parquet du tribunal de première instance d’Abidjan, selon le document dont lavenir.ci obtenu copie. Elle vise les propos tenus le jeudi 3 septembre par M. Koné Katinan lors de la « 52e Tribune » du PPA-CI, au siège du parti, à Cocody. L’ancien ministre du Budget de Laurent Gbagbo avait affirmé que « le RHDP a dépassé Jésus parce que le RHDP a finalement transformé toutes les eaux de Côte d’Ivoire en lait », en référence à la pollution des cours d’eau par l’orpaillage illégal, « un phénomène que lui-même a créé depuis 2002 ». « L’infection de la Côte d’Ivoire, c’est le régime RHDP », avait-il ajouté, rattachant l’orpaillage à « la drogue », aux « crimes organisés », au « blanchiment » et à « la haute corruption ».

Selon lui, la drogue est « le seul produit » dont le prix a baissé depuis 2011 : « le RHDP a réussi l’effort de diminuer le coût de l’importation de la drogue par deux », avait-il lancé, citant le chef présumé du réseau « Abidjan Drug Connexion » à son procès. Il avait enfin qualifié de « spectacle » la campagne gouvernementale contre l’orpaillage, selon lui destinée uniquement à « sortir la Côte d’Ivoire de la liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), où le pays figure depuis 2024. Pour le RHDP, ces « affirmations gratuites », diffusées sur YouTube par le PPA-CI sous un titre qualifiant le parti au pouvoir de « gangrène du pays », le présentent « à tort » comme « un creuset de délinquants ». « Sauf à ses auteurs de rapporter les preuves de ces graves imputations », elles tombent, selon la plainte, sous le coup de la loi de 2017 sur la presse, de la loi de 2013 sur la cybercriminalité, qui punit l’injure par le biais d’un système d’information d’un à dix ans de prison, et de l’article 183 du Code pénal sur les fausses nouvelles.

Selon une convocation dont L’Avenir a eu connaissance, M. Koné Katinan est attendu mercredi à 10 heures au Service des enquêtes générales de la Préfecture de police d’Abidjan, sur instruction du procureur. L’objet de l’audition n’y est pas précisé. Le PPA-CI n’avait pas réagi publiquement à la plainte lundi en fin de journée.

Le gouvernement a intensifié ces dernières semaines la lutte contre l’orpaillage clandestin et a fixé le 5 septembre, à Yamoussoukro, un délai de six mois aux préfets de région pour éradiquer le phénomène.

Yacouba DOUMBIA