Faire taire les divisions, et retrouver un semblant d’unité européenne. C’est l’un des enjeux majeurs du Sommet international sur l’espace, qui rassemble 120 pays ces 9 et 10 septembre au Grand Palais. Si les géants américains, SpaceX et Blue Origin en tête, boycottent l’événement sous pression de la Maison Blanche, toute l’Europe spatiale (industriels, agences spatiales, ministres…) sera au rendez-vous. Avec un mandat clair : cesser les querelles picrocholines qui plombent l’Europe spatiale depuis trop longtemps. « Une des priorités de ce sommet est de relancer la coopération entre la France, l’Allemagne et l’Italie, les trois grands acteurs du spatial européen, qui ont parfois eu tendance à diverger ces dernières années », résume Paul Wohrer, responsable du programme Espace à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Pour mettre en scène cette unité retrouvée, le sommet devrait voir se multiplier les déclarations communes et accords industriels : communiqué commun entre le syndicat professionnel de l’aérospatial français, le Gifas, et son homologue allemand, le BDLI ; la possible officialisation de la coopération entre Dassault Aviation et l’allemand OHB sur le projet d’avion spatial Vortex, évoquée par La Lettre ; le projet de « bouclier spatial européen » de la Commission européenne, destiné à renforcer la protection des satellites et des actifs spatiaux de l’Union européenne.

Mais cette frénésie d’annonces ne doit tromper personne. Derrière les grands discours d’unité, jamais le Vieux Continent n’a été si divisé sur les sujets spatiaux. « Alors même que son budget global reste relativement faible, l’Europe n’a toujours pas réussi à surmonter le ‘syndrome des tribus gauloises’ », résumait Arthur Sauzay, avocat associé chez A & O Shearman, dans un rapport du commissariat au Plan publié en février.

Les trois plus gros contributeurs de l’Agence spatiale européenne (ESA), l’Allemagne, la France et l’Italie, peinent à s’entendre sur les gros dossiers, faute de confiance mutuelle. « La France, longtemps empreinte d’une certaine arrogance, voudrait conserver son leadership et se trouve frustrée du manque de coopération, détaillait Arthur Sauzay dans sa note. Notre voisin d’outre-Rhin, trop longtemps sourd aux enjeux stratégiques, accepte de plus en plus difficilement une prééminence française affaiblie par les retards d’Ariane 6 et notre indiscipline budgétaire. En parallèle, l’Italie nourrit ses propres ambitions et voudrait se hisser au niveau des deux leaders. »

La division européenne est bien visible sur le segment, stratégique, des constellations de connectivité en orbite basse. Très poussé par Paris, le projet Iris2 (prononcer « Iris Carré ») de la Commission européenne, lancé en 2022, a ainsi vu débarquer en début d’année un projet comparable 100 % allemand, SatcomBW 4, dédié aux besoins militaires de la Bundeswehr. L’Italie réfléchit aussi à lancer son propre outil : elle a lancé en 2025 une étude de faisabilité sur une constellation de 100 satellites de communication sécurisée, qui serait confiée à son industriel Leonardo.

La constellation européenne Iris2 fait-elle le poids face à Starlink (SpaceX) ?