Alors que les prix mondiaux du cacao ont chuté de plus de 70% depuis le sommet atteint fin 2024, la Côte d’Ivoire multiplie les leviers pour contenir les effets de la correction sur sa filière. Entre une possible baisse du prix bord-champ et le rachat de stocks invendus, aucune solution structurelle n’a encore véritablement émergé, face à une crise qui n’est pas totalement inédite.

En 2024, les contrats à terme sur le cacao avaient frôlé les 13 000 dollars la tonne, sous l’effet combiné de maladies affectant les vergers en Afrique de l’Ouest et d’épisodes climatiques extrêmes ayant réduit les récoltes. Les régulateurs ouest-africains, qui commercialisent une grande partie de la production, plusieurs mois avant la récolte, n’avaient pas été en mesure d’honorer l’ensemble de leurs engagements contractuels et avaient dû reporter une partie des contrats sur la campagne suivante. La situation a depuis évolué, le prix du cacao se situant désormais légèrement au-dessus de 3 000 dollars (environ 2 551 euros) la tonne.

Cacao ivoirien trop cher

Fixé actuellement à 2 800 FCFA (4,27 euros) le kilogramme, soit environ 4 270 euros la tonne, le prix d’achat garanti par le Conseil Café-Cacao (CCC) en Côte d’Ivoire serait trop élevé, selon les exportateurs. Ces derniers ont conclu des contrats à des niveaux de prix élevés, avant le retournement brutal des cours. Un comité interministériel s’est donc réuni pour examiner la question d’une éventuelle réduction du prix bord-champ, a rapporté Reuters, mercredi 18 février, citant des sources proches du dossier ayant requis l’anonymat.

Si aucune décision officielle n’a encore été annoncée, une telle mesure suivrait l’exemple récemment donné par le Ghana. Autre poids lourd du cacao en Afrique de l’Ouest, le pays a déjà franchi le pas en réduisant de 28,6% son prix d’achat à 41 392 cedis (environ 3 197 euros) la tonne pour le reste de la saison 2025/2026. À Abidjan, plusieurs observateurs estiment qu’un mouvement comparable pourrait être effectif durant la campagne intermédiaire qui débutera en avril prochain et s’achèvera en septembre.

L’éventuelle réduction du prix bord-champ n’est pas la première solution des autorités ivoiriennes face à la crise. Le mois dernier, le gouvernement a annoncé l’acquisition de 123 000 tonnes de cacao stockées dans les zones de production, afin de rassurer les planteurs et de fluidifier la commercialisation.

Ces interventions visent à limiter le risque de défaut de paiement dans un contexte de tensions de trésorerie chez les exportateurs. Sur les quais de San Pedro et d’Abidjan, plusieurs camions chargés de fèves sont restés immobilisés ces dernières semaines. Le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (Synapci) a même signalé un blocage de la commercialisation intérieure, une affirmation que le directeur général du CCC, Yves Brahima Koné, a nuancée en évoquant des problèmes de conformité de certains documents d’exportation.

Solutions de court terme

La Côte d’Ivoire n’en est pas à sa première gestion de crise. En 2016-2017, une hausse du prix bord-champ, combinée à une surproduction et à l’effondrement des cours mondiaux, avait conduit plusieurs exportateurs locaux à faire défaut sur des contrats portant sur environ 350 000 tonnes. Le CCC avait dû revendre ces contrats à perte, entraînant un manque à gagner estimé à plus de 200 milliards FCFA (305 millions d’euros). Ces ajustements se révèlent néanmoins être des solutions ponctuelles qui ne règlent pas l’une des questions centrales du secteur, à savoir la gestion de la volatilité des prix du cacao à l’international.

Au Ghana, le gouvernement a esquissé une piste en annonçant son intention d’introduire un système plus flexible permettant un ajustement automatique des prix domestiques lorsque les cours mondiaux évoluent. Le régulateur ghanéen Cocobod serait par ailleurs autorisé à émettre des obligations domestiques pour financer les achats de fèves et constituer un fonds renouvelable, en utilisant le cacao comme garantie.

L’objectif affiché est de désengorger rapidement la filière. Le projet doit encore être soumis au Parlement et ne s’appliquerait qu’à partir de la prochaine grande récolte en octobre, mais il ouvre un débat plus large en Afrique de l’Ouest. Pour les producteurs, l’enjeu n’est pas seulement d’être protégés lors des baisses, mais aussi de bénéficier rapidement des hausses lorsque les cours se redressent.