La Côte d’Ivoire a réalisé, le 18 février dernier une nouvelle émission obligataire internationale de 1,3 milliard USD (environ 1,1 milliard d’euros) à une maturité de 15 ans. L’opération, largement sursouscrite, s’inscrit dans une stratégie assumée d’optimisation du profil de la dette et de consolidation de la crédibilité financière du pays sur les marchés internationaux. 

Appétit pour les dettes des marchés émergents

Le livre d’ordres a culminé à 6,3 milliards USD (environ 5,352 milliards d’euros), soit près de cinq fois le montant levé, avec la participation d’environ 270 investisseurs internationaux. Ce niveau de sursouscription traduit un appétit marqué pour le risque ivoirien, alors que le taux d’intérêt ressort à 5,39% « en euro après couverture de change », un niveau que les autorités présentent comme le plus bas obtenu par la Côte d’Ivoire — et même en Afrique subsaharienne — sur les cinq dernières années. « Ce fort appétit des investisseurs a permis un resserrement record du taux de l’émission au cours de la journée, de près de 63 points de base, et l’atteinte d’une prime de nouvelle émission négative de 25 points de base – la meilleure performance observée récemment sur les marchés émergents, toutes géographies confondues » indiquent les autorités ivoiriennes. 

Cette levée survient dans un contexte marqué par un appétit croissant des investisseurs pour les dettes des marchés émergents. Depuis plusieurs semaines, plusieurs pays africains semblent vouloir profiter de cette fenêtre pour réaliser leurs sorties sur le marché de la dette. Le mercredi 18 février, le Kenya a ainsi lancé le processus de rachat de 500 millions USD (environ 424,9 millions d’euros) de ses euro-obligations arrivant à échéance en 2028 et en 2032, grâce à l’émission d’un nouvel eurobond ayant une plus longue échéance. Le 11 février, c’est la République du Congo qui annonçait avoir levé 700 millions USD (environ 594,7 millions d’euros), quelques jours après les 750 millions USD (environ 637,2 millions d’euros) émis par le Cameroun sur le marché international de la dette.

Fondamentaux macroéconomiques et crédibilité souveraine

Le ministère ivoirien de l’Économie et des Finances lie explicitement ce succès à l’évolution des fondamentaux macroéconomiques du pays. La croissance du PIB réel est en effet estimée par le gouvernement à 6,5% en 2025, avec une projection à 6,7% en 2026, tandis que le déficit budgétaire aurait été ramené de 4% du PIB en 2024 à 3% en 2025, ouvrant la voie à une stabilisation progressive du ratio d’endettement. 

Mais au-delà des chiffres, le pays ouest-africain entend consolider son image d’économie à forte croissance, disciplinée budgétairement et engagée dans une trajectoire de convergence vers des standards de crédit supérieurs. Le communiqué évoque d’ailleurs un positionnement « aux portes de l’Investment Grade », un seuil stratégique pour réduire durablement le coût de financement et élargir l’accès à une base d’investisseurs plus institutionnels. 

Les fonds levés devraient être destinés à soutenir les dépenses publiques et les investissements structurants, ce qui explique qu’ils sont « exclusivement » affectés au financement du Budget 2026. Mais le gouvernement met surtout l’accent sur l’amélioration du profil d’amortissement de la dette, un élément scruté de près par les agences de notation et les marchés. Pour rappel, la Côte d’Ivoire est notée BB avec perspective stable par Fitch, BB/B avec perspective stable par S&P et Ba2 Stable par Moody’s. 

Repositionnement géographique 

Le communiqué souligne également l’efficacité de la stratégie de relations investisseurs, avec un dialogue renforcé avec les investisseurs historiques et une ouverture vers de nouvelles zones, notamment en Asie et au Moyen-Orient. Cette diversification de la base d’investisseurs constitue un levier clé pour réduire la dépendance aux marchés traditionnels européens et américains, souvent plus sensibles aux cycles monétaires globaux. 

Au-delà de la levée de fonds elle-même, le niveau de la demande, la maturité obtenue et les conditions financières revendiquées confortent le positionnement d’Abidjan comme l’un des émetteurs les plus crédibles d’Afrique subsaharienne. Un positionnement d’autant plus important que la nation éburnéenne vient d’adopter en Conseil des ministres, un plan national de développement (PND) 2026-2030 de plus de 175 milliards d’euros, prévu pour être financé en partie par des émissions de dette souveraine.