Le rapprochement entre le Maroc et Israël franchit une nouvelle étape. Les deux pays, qui ont renoué leurs relations diplomatiques en 2020, prévoient d’ouvrir chacun une ambassade. Cette nouvelle étape a été annoncée mercredi 16 septembre 2026 à New York, sous l’égide des États-Unis. Les relations entre Rabat et Tel Aviv, dont beaucoup d’observateurs sous ces cieux se disent encore choquées, ne datent pourtant pas d’aujourd’hui. Elles remontent aux années… soixante du siècle dernier, en plein conflit entre l’Etat hébreu et l’Egypte. Les langues se délient et l’histoire remonte à la surface. (Photo : Hassan II recevant Nasser à Casablanca en 1965).

Habib Glenza

Les révélations d’anciens généraux israéliens sur les liens entre le Maroc et leur pays se succèdent depuis quelque temps. Cette fois, c’est au tour de Shlomo Gazit, ex-chef du renseignement militaire, de revenir sur l’appui de Hassan II au Mossad à l’occasion de la tenue d’un sommet de la Ligue arabe en septembre 1965 à Casablanca.

Après Meir Amir, le chef du Mossad (1963-1968), c’est un autre haut cadre du renseignement israélien qui évoque le soutien de Hassan II à ses services. Le général Shlomo Gazit avance, dans des déclarations au quotidien Yedioth Ahronoth, que l’appui du monarque a été déterminant pour l’armée israélienne pendant la guerre des Six Jours, du 5 au 10 juin 1967.

Dans son témoignage, l’ancien chef du renseignement militaire souligne que le royaume a permis aux Israéliens de suivre minute par minute le sommet de la Ligue arabe de 1965, tenu du 13 au 18 septembre à Casablanca, consacré exclusivement à l’examen des conditions de préparation des armées arabes dans la perspective d’une nouvelle confrontation avec Israël. La réunion était réservée aux chefs d’Etat, aux chefs des renseignements et aux généraux des armées.

A Casa, les chefs d’Etat arabes sur table d’écoute israélienne

Grâce à ces informations, Tel-Aviv avait pu se rendre compte de la faiblesse des armées de ses «voisins». «Cette rencontre a non seulement révélé que les rangs arabes étaient divisés – d’importantes disputes ont éclaté, par exemple, entre le président égyptien Gamal Abdel Nasser et le roi Hussein de Jordanie – mais aussi que les pays arabes étaient mal préparés à la guerre», raconte Shlomo Gazit.

Israël a préparé la guerre des Six Jours en s’appuyant sur la masse considérable de renseignements issus des enregistrements effectués par les Marocains à Casa, et les commandants de Tsahal étaient convaincus de pouvoir l’emporter.

«Ces enregistrements, qui constituaient une véritable prouesse en matière de renseignement, nous ont montré deux choses : d’une part, que les États arabes se dirigeaient vers un conflit auquel nous devions nous préparer ; d’autre part, que leurs discours sur l’unité arabe et la formation d’un front uni contre Israël ne reflétaient pas une réelle unanimité entre eux», a déclaré le général de division Gazit, alors chef du département de recherche du renseignement militaire.

Grâce à ces enregistrements, conjugués à d’autres sources, «nous savions à quel point ils étaient mal préparés à la guerre. Nous en avons conclu que le corps blindé égyptien se trouvait dans un état lamentable et n’était pas prêt au combat», a poursuivi Gazit.

Selon Gazit, les informations contenues dans ces enregistrements confirmaient «notre conviction, au sein du haut commandement de Tsahal, que nous allions remporter une guerre contre l’Égypte. Si les prédictions funestes et le sentiment d’une défaite imminente prévalaient chez la majorité des Israéliens ainsi que chez les responsables extérieurs à l’appareil de défense, nous, nous avions confiance en notre force.»

Deux ans après cette opération, qualifiée par le chef du Mossad de l’époque comme «l’une des gloires suprêmes du renseignement israélien», le Premier ministre Levi Eshkol (21 juin 1963-26 février 1969) donnait l’ordre à son aviation de bombarder les aéroports égyptiens et jordaniens. Une opération couronnée de succès pour la partie israélienne ; presque tous les avions de chasse de l’Egypte avaient été détruits. Ces raids rapides avaient également balisé le terrain aux corps de blindés, leur permettant d’occuper d’un seul coup la Bande de Gaza, le Sinaï, le Golan et Jérusalem-Est.

En contrepartie : la tête de Mehdi Ben Barka

L’appui du Maroc, dont fait état le général Shlomo Gazit, n’a pas été sans contrepartie. Un mois après le sommet de la Ligue arabe à Casablanca, des agents du Mossad étaient impliqués dans l’opération d’enlèvement et d’assassinat de Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965 à Paris. Ils avaient suivi les déplacements de l’opposant de Hassan II, mission rendue possible grâce à la présence d’une antenne du Mossad sur le territoire français, depuis cinq années, avec la bénédiction de Charles de Gaulle.

C’est justement ce bureau qui avait permis de piéger Ben Barka avec le projet de film historique d’une part ; de faciliter aux agents des services secrets marocains l’entrée en France avec de faux passeports d’autre part. Dans cette opération, l’aide israélienne au Maroc avait été autorisée par le Premier ministre, Levi Eshkol et le chef du Mossad, Meir Amir.