Mouvement de protestation en Tunisie : 1093 actions recensées en août 2026, un niveau trois fois supérieur à celui de 2025. 

La Tunisie a enregistré 1093 mouvements de protestation au cours du mois d’août 2026, un niveau proche de celui de juillet (1101 mouvements) et plus de trois fois supérieur à celui d’août 2025, selon les données de l’Observatoire social tunisien, relevant du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES). Ce niveau de mobilisation classe le mois d’août parmi les plus contestataires de l’année 2026. Le droit à une vie digne, incluant l’accès à l’eau, à l’électricité et aux produits de première nécessité, occupe pour la première fois la première place des motifs de mobilisation, avec 463 mouvements, soit 42 % du total. Parmi eux, 392 mouvements, soit 36 % de l’ensemble, sont directement liés aux coupures d’eau. Cette crise a également relancé le débat sur la qualité de l’eau distribuée par le réseau public et la nécessité de garantir sa conformité aux normes de consommation humaine.

Les prisons et les libertés publiques au cœur de la contestation

Les droits civils et politiques arrivent en deuxième position, avec 430 mouvements, soit 39 % du total. Une large part de ces mouvements est liée à la situation carcérale et aux décès survenus dans les prisons durant la vague de chaleur. La Ligue tunisienne des droits de l’Homme évoque plus de 20 décès de détenus, un chiffre que des témoignages de familles et d’avocats publiés sur les réseaux sociaux jugent potentiellement plus élevé. Plusieurs organisations ont appelé à réduire la surpopulation carcérale, certains établissements dépassant 200 % de leur capacité d’accueil, ainsi qu’à la libération du militant Wael Naouar, en grève de la faim depuis le 16 août, et des membres de la « Flottille de la résilience » toujours détenus. Des marches ont également dénoncé des atteintes à la liberté d’expression et au droit à un procès équitable.

En cumulant ces deux catégories de droits, 893 mouvements sur 1093, soit 82 % du total, concernent le droit à une vie digne ou les droits civils et politiques.

L’emploi recule, l’environnement et le développement s’invitent dans le débat

Les revendications liées à l’emploi reculent en revanche, avec 61 mouvements contre 96 en juillet, soit une baisse de 36 %, représentant 9 % du total des actions. Le mois a par ailleurs enregistré 71 mouvements à caractère environnemental et 15 liés au droit au développement, ainsi que des mobilisations concernant les hôpitaux, les transports, le désenclavement, l’éducation et la sécurité.

Le Grand Tunis, épicentre de la mobilisation

Sur le plan géographique, quatre gouvernorats concentrent 322 mouvements, soit 29 % du total national : Tunis avec 101 actions, Manouba avec 96, Ben Arous avec 79 et Ariana avec 73. Gafsa et Nabeul suivent avec 55 mouvements chacun, puis Mahdia avec 52, Kasserine et Monastir avec 50 chacun. Sfax compte 47 mouvements, Bizerte 46, Sousse 44, Gabès 33, Zaghouan et Médenine 31 chacun, Kairouan, Siliana et Sidi Bouzid 30 chacun, Le Kef et Tozeur 28 chacun, Jendouba et Kébili 26 chacun, et Béja enregistre le niveau le plus faible avec 25 mouvements.

Des citoyens en première ligne, un espace numérique privilégié

Les citoyens, agissant hors cadre organisé, sont à l’origine de 880 des 1093 mouvements recensés. Les militants associatifs suivent avec 64 actions, devant les diplômés du supérieur au chômage avec 45. Les ouvriers comptent 23 mouvements, les détenus et les syndicats 18 chacun, tandis que les enseignants, professeurs et fonctionnaires enregistrent 12 mouvements chacun.

L’espace numérique a servi de cadre à 76 % des mobilisations, à travers des communiqués, vidéos et appels de dénonciation, dont 155 exprimant un rejet ou un mécontentement lié à la dégradation des services publics. Sur le terrain, 138 rassemblements ont été recensés, aux côtés de 57 grèves de la faim, 19 sit-in, 18 fermetures de routes, 11 pneus brûlés et 8 grèves. Plus de 57 % des revendications ont visé la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux ou la Société tunisienne de l’électricité et du gaz. La Présidence du gouvernement a concentré 36 % des adresses restantes, devant la Présidence de la République, le ministère de la Santé, les autorités judiciaires et plusieurs autres institutions publiques.

Onze cas de suicide recensés en un mois

Par ailleurs, l’Observatoire a recensé 11 cas de suicide et une tentative de suicide, tous des hommes, dont six adultes d’âge mûr, quatre jeunes hommes, un septuagénaire et un lycéen de 19 ans. Ces cas se répartissent entre les gouvernorats de Bizerte (3 cas), du Kef et de Tunis (2 cas chacun), ainsi que Nabeul, Médenine, Sfax, Jendouba et Ariana (1 cas chacun).