Nouvelle intervention de Moscou dans les actifs d’un groupe étranger. La filiale russe d’Aptar, active notamment dans les emballages et systèmes de distribution, passe sous administration provisoire. Une décision qui intervient dans un environnement où plusieurs multinationales européennes ont récemment vu leurs actifs russes placés sous contrôle temporaire.

100 % d’Aptar Vladimir transférés sous administration provisoire

Les autorités russes ont placé les actifs locaux d’Aptar Europe Holding sous administration provisoire.

Le décret signé par le président Vladimir Poutine porte précisément sur 100 % du capital d’Aptar Vladimir, la société russe détenue par Aptar Europe Holding.

La gestion de cette participation est transférée à H&N, également connue sous le nom de Logika Moloka. Cette entreprise regroupe notamment les anciens actifs russes de Danone.

Le décret est entré en vigueur dès sa publication le 21 septembre. Le placement sous administration provisoire ne signifie pas formellement que la propriété des actifs a été transférée de manière définitive, mais il prive leur propriétaire du contrôle opérationnel tant que le dispositif reste en vigueur.

Une filiale rentable dans l’emballage

L’actif concerné n’est pas une simple structure administrative. Aptar Vladimir exploite une activité industrielle spécialisée dans les emballages plastiques et les systèmes de distribution utilisés notamment pour les cosmétiques, l’alimentation et certains produits chimiques.

En 2025, l’entreprise russe a réalisé un chiffre d’affaires de 1,75 milliard de roubles, pratiquement stable sur un an. Son bénéfice net a atteint 537 millions de roubles, en progression d’environ 7 %.

La mesure touche donc une activité bénéficiaire.

Pour Aptar, dont le groupe est coté à la Bourse de New York, l’enjeu porte désormais sur la valeur économique de cet actif, son contrôle opérationnel et les éventuelles conséquences comptables de la décision russe.

L’entreprise devra également déterminer les possibilités juridiques dont elle dispose et évaluer les conséquences sur ses activités locales.

Une nouvelle intervention dans les actifs occidentaux

La décision concernant Aptar intervient dans un contexte plus large de reprise en main d’actifs appartenant à des entreprises étrangères.

Quelques jours auparavant, Moscou avait placé sous administration temporaire des actifs russes liés à Nestlé, Auchan et à l’ex-Leroy Merlin, ainsi que des participations appartenant au groupe français de logistique FM Logistic.

Dans ces précédents dossiers, les actifs concernés avaient été confiés à une société russe, L.E.V. Management.

Le Kremlin avait expliqué que l’appartenance de ces entreprises à des pays considérés comme « inamicaux » faisait partie des facteurs ayant conduit à cette décision. Cette justification avait été avancée par le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

La France avait de son côté dénoncé la mise sous administration provisoire de filiales russes d’entreprises françaises et européennes et demandé aux autorités russes de revenir sur leur décision.

Les entreprises étrangères confrontées au risque sur leurs actifs

Depuis 2022, la présence des multinationales occidentales en Russie constitue un enjeu financier complexe.

De nombreux groupes ont quitté le pays, vendu leurs filiales ou suspendu une partie de leurs opérations. Ceux qui disposent encore d’actifs locaux doivent composer avec les sanctions internationales, les restrictions sur les transactions et les décisions prises par les autorités russes concernant les participations étrangères.

Pour les investisseurs, ces interventions posent notamment la question de la valorisation des actifs. Une entreprise peut rester juridiquement propriétaire d’une filiale tout en perdant temporairement la capacité de la gérer et d’en disposer.

Les conséquences peuvent alors dépasser le seul chiffre d’affaires réalisé en Russie : dépréciations comptables, difficultés de rapatriement des bénéfices, perte de contrôle opérationnel ou impossibilité de céder normalement les actifs peuvent affecter les comptes des groupes concernés.

Aptar face à une nouvelle incertitude géopolitique

Le cas Aptar illustre ainsi la persistance du risque géopolitique pour les entreprises occidentales encore exposées au marché russe.

Avec 1,75 milliard de roubles de chiffre d’affaires et 537 millions de bénéfice net en 2025, Aptar Vladimir représente une activité locale rentable.

L’enjeu sera désormais de déterminer combien de temps durera l’administration provisoire et quelles conséquences AptarGroup en tirera pour la valorisation de sa participation.

À ce stade, le décret porte sur le contrôle temporaire de la filiale russe. Il ne permet pas, à lui seul, de conclure à une cession ou à une expropriation définitive. Mais après les décisions récentes concernant plusieurs autres multinationales, il confirme que la détention d’actifs en Russie demeure une source importante d’incertitude pour les groupes internationaux.