* L’alliance regroupe TPLF et Fano, des anciens adversaires

* Un conseiller du Premier ministre minimise la menace

* Les tensions s’amplifient au Tigré

par Dawit Endeshaw

Sept groupes armés
éthiopiens, parmi lesquels des adversaires de longue date qui se
sont notamment affrontés durant la guerre civile de 2020-2022,
ont annoncé une alliance avec l’objectif de renverser le
gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed.

« L’Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la
survie », officialisée dimanche soir, rassemble un ensemble de
groupes très diversifié sur le plan géographique et ethnique,
allant du Tigré, au nord, à la région somalienne, au sud.
Certains de ses membres restent toutefois en désaccord sur des
questions territoriales et d’autres sujets.

Sollicités, les porte-parole d’Abiy Ahmed et du gouvernement
fédéral n’ont pas répondu dans l’immédiat aux demandes de
Reuters. Le mois dernier, à la suite d’informations faisant état
d’une éventuelle coalition de groupes armés, un conseiller du
Premier ministre éthiopien avait déclaré qu’une telle formation
chercherait certes à semer le chaos, mais qu’elle serait dans
l’incapacité de renverser le gouvernement fédéral.

Cette coalition comprend notamment le Front de libération du
peuple du Tigré (TPLF) et le Mouvement national amhara des Fano.

Les Fano sont eux-mêmes une coalition de groupes armés de la
région d’Amhara qui a combattu aux côtés du gouvernement fédéral
contre le TPLF pendant la guerre du Tigré de 2020-2022. Ce
conflit a fait des centaines de milliers de morts.

Les Fano se sont ensuite soulevés contre le gouvernement
fédéral dans un autre conflit qui a fait des milliers de morts
en Amhara depuis 2023.

De nombreux groupes accusent le gouvernement fédéral de
marginaliser les régions. Le gouvernement assure avoir entamé un
dialogue national destiné à résoudre les divisions politiques de
longue date et les conflits internes.

« Nous, les forces populaires soucieuses de la survie des
peuples d’Éthiopie, portons la responsabilité historique de
renverser ce régime », indique le communiqué lu par le chef des
Fano, Zemene Kassie, et diffusé sur Tigrai TV.

Des groupes issus des régions d’Oromia, d’Afar et de
Benishangul-Gumuz figurent également dans la nouvelle alliance,
décidée après des informations selon lesquelles des heurts
seraient survenus entre les forces fédérales et les forces
tigréennes.

En mai, le TPLF a réaffirmé son contrôle sur
l’administration politique de la région, en violation de
l’accord de paix de 2022 qui avait mis fin à la guerre du Tigré,
après avoir accusé le gouvernement fédéral de ne pas respecter
cet accord.

L’armée éthiopienne a mené plusieurs frappes de drones
contre les forces tigréennes ces derniers mois, selon les
données de l’ONG « Armed Conflict Location & Event Data Project ».

Le gouvernement fédéral n’a fait aucun commentaire sur ces
frappes présumées, mais l’armée a déclaré la semaine dernière
que près de 300 combattants tigréens s’étaient rendus.

L’Ethiopie a également accusé son voisin et adversaire
historique, l’Erythrée, de soutenir des groupes insurgés,
notamment le TPLF et les Fano. L’Erythrée rejette ces
accusations.

(Reportage Aaron Ross à Nairobi; version française Claude
Chendjou, édité par Sophie Louet)