Le groupe indien Engineers India Ltd (EIL) a signé un contrat de 450 millions $ (environ 394 millions €) avec Dangote Group pour superviser la construction de la future raffinerie et du complexe pétrochimique de Lamu, au Kenya.

La société majoritairement détenue par l’État indien et cotée à la Bourse de Mumbai interviendra comme consultant en gestion de projet (Project Management Consultant – PMC) et en ingénierie, approvisionnement et gestion de la construction (EPCM).

Le groupe indien apportera au conglomérat nigérian une expertise déjà éprouvée sur le chantier de la raffinerie de Lekki, au Nigeria, dont le coût a dépassé 20 milliards $. Mise en service en 2024, cette dernière affiche une capacité nominale de 650 000 barils par jour, que Dangote envisage de porter à 1,4 million de barils par jour. 

Un projet de 16 milliards de dollars

D’une capacité annoncée de 700 000 barils par jour, le projet de 16 milliards $ doit devenir l’un des principaux pôles de raffinage d’Afrique de l’Est. Elle sera implantée sur la côte kényane, à proximité d’un port naturel en eau profonde et du corridor LAPSSET, conçu pour relier le littoral aux marchés d’Éthiopie et du Soudan du Sud.

Le lancement officiel de la construction de la raffinerie doit avoir lieu d’ici la fin de ce mois et devrait s’étaler sur trois à cinq ans. Sa capacité prévue excède d’environ 250 000 barils par jour la demande actuelle de produits raffinés d’Afrique de l’Est, estimée à près de 450 000 barils par jour. Dangote devra donc sécuriser des débouchés régionaux plus larges pour rentabiliser l’infrastructure, voire viser des exportations vers d’autres marchés africains.

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Le montage financier reste à finaliser. Dangote Group envisage une structure reposant à 30% sur les fonds propres et à 70% sur l’endettement. Le groupe a proposé jusqu’à 30% du capital de la raffinerie à des investisseurs d’Afrique de l’Est, une participation valorisée autour de 1,5 milliard $. Le Kenya pourrait prendre 10% du projet, pour près de 500 millions de dollars, tandis que l’Éthiopie et le Rwanda ont manifesté leur intérêt.

L’enjeu du brut

L’alimentation de la raffinerie constitue l’un des principaux défis du projet. Nairobi négocie avec Dangote la construction d’un oléoduc d’environ 800 km entre les champs de South Lokichar, dans le bassin de Turkana au nord-ouest du pays, et Lamu. Le pipeline doit relier les ressources pétrolières nationales au futur complexe de transformation côtier.

Mais les volumes attendus au Kenya restent très inférieurs à la capacité de la raffinerie. Le projet de South Lokichar,,repris par Gulf Energy après le retrait de Tullow Oil, envisage une entrée en production progressive à partir du 1er décembre 2026, sous réserve des autorisations finales. La première phase ne devrait produire qu’environ 20 000 barils par jour, avec un potentiel de 50 000 barils par jour, pour des ressources récupérables estimées à 560 millions de barils.

Même en ajoutant les ressources potentielles de l’Ouganda et du Soudan du Sud, Lamu devra donc compléter son approvisionnement par des importations de brut. Les perspectives régionales demeurent par ailleurs concurrentielles : le brut ougandais est déjà orienté vers la Tanzanie via le projet EACOP, tandis que le Soudan du Sud exporte principalement par le territoire soudanais.

Le projet de Lamu s’inscrit dans une compétition plus large entre les corridors énergétiques d’Afrique de l’Est. La Tanzanie et l’Ouganda ont signé en août 2026 un protocole d’accord avec Vitol pour développer à Tanga un hub énergétique dépassant 20 milliards $, comprenant une raffinerie, un terminal de stockage, un quai maritime et un pipeline de produits raffinés. L’Ouganda poursuit également le développement de sa raffinerie de Hoima, d’une capacité prévue de 60 000 barils par jour.