Le Nigeria a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation industrielle en scellant, le 30 janvier 2026, un partenariat avec la Corée du Sud pour l’implantation d’une usine de fabrication de véhicules électriques. Derrière l’annonce, portée par un protocole d’accord entre le gouvernement fédéral et l’Asia Economic Development Committee (AEDC), se dessine une tentative plus large de repositionnement du pays dans la chaîne de valeur automobile africaine, encore largement dominée par les importations.
Une réponse à une dépendance structurelle
Avec plus de 200 000 véhicules d’occasion importés chaque année, le Nigeria figure parmi les plus grands marchés mondiaux de seconde main, signe d’un déficit profond de production locale qui grève l’activité industrielle et déporte les emplois à l’étranger. Le projet d’usine de véhicules électriques entend corriger ce déséquilibre et ancrer durablement une base manufacturière nationale.
Selon le gouvernement fédéral, l’accord signé avec l’AEDC prévoit un déploiement progressif, débutant par l’assemblage avant d’évoluer vers une production entièrement intégrée, avec une capacité annuelle visée de 300 000 véhicules et la création d’environ 10 000 emplois directs. Dans un communiqué, la Nigeria Automotive Design and Development Council (NADDC) affirme que cette collaboration marque « l’ambition de faire du Nigeria la première nation africaine de fabrication de véhicules électriques ».
L’exécutif nigérian inscrit cette initiative dans le cadre du Plan national de transition énergétique (PTE) et du Plan national de développement de l’industrie automobile (NAIDP), deux dispositifs destinés à structurer la montée en gamme industrielle et accompagner la transition vers une mobilité plus propre.
La veille de la signature du protocole d’accord, une réunion stratégique s’est tenue à Abuja entre la NADDC, l’AEDC et plusieurs acteurs du secteur automobile nigérian. Le directeur général de la NADDC, Otunba Oluwemimo Joseph Osanipin, a souligné la « volonté de collaborer avec des partenaires internationaux pour accélérer la croissance de l’industrie automobile » tandis que le président de l’AEDC a mis en avant le potentiel du Nigeria à développer « des marques automobiles nationales » avec les bons partenariats.
Dans son communiqué, l’agence souligne que le projet doit favoriser « le transfert de technologie, la promotion de l’investissement, le développement du capital humain ainsi que la recherche, le design et l’innovation ».
L’expansion des industriels sud-coréens sur le continent
Au-delà du cas nigérian, l’intérêt des investisseurs sud-coréens pour le secteur automobile africain se concrétise sur plusieurs fronts. Des groupes comme Hyundai Motor Company multiplient les initiatives sur le continent, notamment en Afrique du Nord et de l’Est. En Algérie, Hyundai planifie l’implantation d’une nouvelle usine automobile, qui sera son quatrième site de production en Afrique. Par ailleurs, sur le marché éthiopien, Hyundai a déjà franchi une étape importante avec une usine d’assemblage capable de produire plus de 10 000 véhicules par an, consolidant sa stratégie d’expansion régionale.
Ces mouvements s’inscrivent dans une logique plus large d’ouverture des constructeurs sud-coréens vers des marchés émergents où la demande automobile connaît une croissance rapide et où les conditions d’investissement peuvent offrir des avantages compétitifs. À la faveur de politiques pro-industries locales et de l’entrée en vigueur d’accords commerciaux continentaux, l’Afrique devient progressivement une zone d’intérêt pour les stratégies d’internationalisation des industriels coréens.
Un pari encore confronté aux réalités du marché
Si l’ambition industrielle est claire, sa réalisation se heurte à plusieurs obstacles. Le faible taux d’intégration locale des composants, l’insuffisance des infrastructures de recharge et l’écart de prix avec les véhicules importés restent des défis majeurs. Pour y répondre, l’État nigérian a pris des mesures de soutien, notamment le lancement fin 2024 d’un fonds de crédit à la consommation de 20 milliards de nairas (environ 12 millions d’euros) pour faciliter l’achat de véhicules assemblés localement, ainsi qu’un plan de transport de masse électrique dans le nord-est du pays.
Dans son communiqué, la NADDC affirme que le Nigeria « construit progressivement un écosystème automobile durable soutenant la fabrication locale, l’adoption de l’énergie verte et la compétitivité mondiale ». Reste désormais à traduire ces orientations stratégiques en capacités industrielles effectives, dans un marché où la transition vers le véhicule électrique demeure encore largement embryonnaire.