L’Union européenne (UE) a indiqué, lors du Forum Global Gateway, organisé à Bruxelles les 9 et 10 octobre derniers, qu’elle mobilisera, par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement (BEI), une ligne de crédit équivalente à 190 millions d’euros (environ 320,5 milliards de nairas) pour stimuler les prêts au secteur agricole nigérian.
Selon la BEI, cette facilité combine financement et assistance technique aux banques commerciales et institutions de développement, dans le but d’améliorer l’accès au crédit pour les producteurs et les PME agroalimentaires. Les chaînes de valeur du cacao et du lait figurent parmi les principales cibles du programme.
Pour Thouraya Triki, directrice des partenariats internationaux à la BEI, ce dispositif vise à « réduire les risques liés aux prêts agricoles et renforcer la compétitivité des chaînes de valeur alimentaires », tout en accompagnant la transition vers des pratiques plus durables. L’initiative s’inscrit dans le cadre du Global Gateway Investment Package, récemment porté à 400 milliards d’euros par la Commission européenne pour encourager des investissements durables en Afrique.
Une transformation agricole en marche
Mais au Nigeria, cette opération arrive dans un environnement déjà marqué par une multiplication d’initiatives nationales et privées. En juin 2025, le ministère du Développement de l’élevage a dévoilé un plan visant à doubler la production nationale de lait d’ici 2030. Le programme repose sur l’amélioration génétique du cheptel, la nutrition animale, la santé vétérinaire et l’autonomisation des éleveurs. Il s’appuie sur des partenariats public-privé déjà actifs, notamment avec Arla Foods, FrieslandCampina, Promasidor et Zaidi Farms, engagés dans la modernisation des fermes et des circuits d’approvisionnement locaux.
Dans la filière cacao, le gouvernement a adopté en mai 2025 un projet de loi créant l’Office national de gestion du cacao (NCMB), chargé de réguler et de développer le secteur. Cette réforme intervient alors que la flambée des prix mondiaux du cacao suscite de nouveaux investissements, portés par des acteurs tels que Johnvents Industries, WhiteRabbit Agro ou Starlink Global & Ideal, qui multiplient les projets de plantations industrielles et d’unités de transformation. En parallèle, la FAO et le Fonds pour l’environnement mondial (GEF) ont lancé un programme de restauration de 19 000 hectares de terres dégradées, destiné au cacao et au palmier à huile durables, afin d’aider le pays à se conformer à la nouvelle réglementation européenne sur la déforestation (EUDR).
Sur le plan financier, l’accès au crédit agricole demeure un défi structurel. Selon une étude d’Agri-Logic réalisée en 2022, le déficit de financement du secteur est évalué à près de 183 milliards de dollars. En septembre 2025, la Banque de l’agriculture a signé un accord de 1 milliard de dollars avec Afreximbank pour créer un fonds national destiné aux petits exploitants, couvrant l’achat d’intrants, la mécanisation et les infrastructures de stockage. D’autres initiatives plus ciblées, comme l’investissement de 7,5 millions $ de British International Investment dans la plateforme agro-technologique Babban Gona, visent à étendre le crédit et les services aux petits exploitants, notamment dans le nord du pays.
Réduire la dépendance
Ces réformes et investissements répondent à un même enjeu, celui de réduire la dépendance du Nigeria aux importations alimentaires tout en contenant l’inflation. Le gouvernement de Bola Tinubu place désormais la sécurité alimentaire, la productivité et la transformation agricole au centre de la future stratégie nationale de développement 2026–2030, qui doit encadrer les réformes structurelles à venir.
L’appui européen, bien que limité face à l’ampleur des besoins, vient s’ajouter à un ensemble d’initiatives publiques et privées qui redessinent les contours de l’économie rurale nigériane. La question est de savoir comment les banques locales absorberont et distribueront efficacement ces fonds, dans un contexte où la majorité des exploitants demeure exclue du crédit formel, et si ce type d’instrument peut durablement renforcer la capacité du pays à financer son propre développement agricole.