La diplomatie marocaine au service du Sahel
Les provinces du sud au cœur du développement continental
Laâyoune renforce les relations du Maroc avec son continent
Dans un contexte africain en constante transformation, marqué par une recomposition géopolitique due à l’instabilité politique, aux menaces terroristes, aux défis du changement climatique et aux flux migratoires massifs qui caractérisent l’espace sahélien, le Maroc joue un rôle de plus en plus important dans la gestion de cette crise multidimensionnelle qui frappe la région.
Depuis le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017, Rabat déploie une stratégie africaine ambitieuse qui dépasse les cadres traditionnels d’influence régionale, afin de s’imposer comme un élément clé de la stabilité régionale.
Dans cette optique, le Forum Sahel-Sahara de la diplomatie scientifique, organisé ce mois-ci à Laâyoune, a permis de renforcer les relations maroco-africaines grâce à des investissements dans la recherche scientifique, l’innovation et l’échange d’expériences universitaires.

Vue aérienne de la ville d’El Aaiún
La diplomatie marocaine au service du Sahel
Misant sur une diplomatie réelle qui veille à la coopération africaine, y compris les différents partenariats pour le développement, la sécurité, la migration, les investissements économiques et la médiation politique, le Maroc, au milieu du jeu international des puissances influentes, adopte une approche participative basée sur la compréhension des réalités locales, la patience stratégique et la consolidation de la coopération Sud-Sud.
Contrairement aux soi-disant tuteurs externes qui affichent des attitudes néocoloniales impériales ou optent pour des interventions militaires, le modèle marocain met sa diplomatie au service de l’Afrique, en particulier des pays du Sahel, en proposant une alternative fondée sur l’accompagnement, le transfert de compétences et la construction de relations bénéfiques pour tous.
En ce sens, le pays s’impose comme un interlocuteur crédible dans une région qui a un besoin urgent de stabilité, en menant une nouvelle forme de diplomatie africaine, qui combine le « pouvoir doux » religieux avec la coopération en matière de sécurité, de migration et d’environnement.

Les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont remercié lundi le roi Mohamed VI, qui les a reçus à Rabat, pour son initiative visant à favoriser l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique, dans un contexte de crise avec l’Algérie et de rupture avec leur environnement subsaharien – EFE/MAP
Plus pragmatique qu’ambitieux
Le principal avantage de Rabat est d’être considéré comme le frère qui partage la géographie et la réalité africaines, compte tenu de ses racines bien ancrées dans un continent riche en culture et en ressources.
Toutefois, malgré son ambition continentale, le Maroc doit reconnaître les défis auxquels il est confronté dans sa vision africaine, qui vont des rivalités régionales à l’instabilité politique au Sahel, en passant par les restrictions budgétaires et l’intense concurrence mondiale.
S’appuyant sur sa perspective d’une africanité commune qui transcende les frontières héritées de la colonisation, le Maroc mise sur sa capacité à être non pas un acteur extérieur de plus, mais un partenaire africain à part entière, ancré dans un même espace civilisationnel et engagé dans un destin commun.
Le succès du pays dans ce contexte géopolitique complexe dépendra de sa capacité à concilier ambition et pragmatisme, en adaptant sa stratégie aux changements et aux évolutions sur le terrain afin d’ancrer fermement une véritable vision panafricaine. Cependant, Rabat est confronté ici à une série de facteurs qui conditionnent ses investissements et remettent en question son ambition dans cette région, tels que :
L’enjeu est à long terme et les résultats seront mesurés dans 15 ou 20 ans.
Les rendements immédiats sont très modestes.
La capacité du pays à maintenir sa propre stabilité interne.
Les défis économiques nationaux et leur impact sur la projection régionale du pays.
Les tensions sociales susceptibles d’affecter la politique africaine.
La coordination avec l’Union européenne, les États-Unis et les institutions multilatérales.
La possible normalisation avec l’Algérie comme facteur déterminant.

Les provinces du sud au cœur du développement continental
Le Maroc s’efforce de soutenir le développement national, régional et continental, en mettant particulièrement l’accent sur les provinces du sud comme point de départ de la coopération africaine et centre d’attention en matière de partenariats stratégiques avec les pays du Sahel.
Le Forum Sahel-Sahara, lors de sa première édition organisée à Laâyoune, a jeté les bases de partenariats stratégiques reliant le Sahara au Sahel, à travers un plan d’action ambitieux visant à faire des provinces du sud un centre continental de recherche et de coopération scientifique.
Il s’agit d’une étape historique pour les territoires du sud, après la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’autonomie du Sahara, qui transforme la ville de Laâyoune en un futur centre de diplomatie scientifique au Sahel et au Sahara.
Cet événement reflète la volonté politique du Maroc, qui aspire à faire des provinces du sud une plateforme africaine de coopération scientifique et universitaire dans la région, en misant sur la recherche et l’innovation comme moteurs du développement dans des domaines vitaux tels que l’environnement, les énergies renouvelables, la santé publique, la pharmacie, les sciences juridiques, les médias et les sciences liées à la migration et à l’intégration.
À cet égard, le Maroc défend la décentralisation et le développement régional, mettant en lumière le Sahara comme une terre d’opportunités ouverte au développement de collaborations avec le Sahel.
Avec la mise en œuvre des dispositions d’autonomie régionale, les provinces du sud sont de plus en plus intégrées dans la dynamique de développement continental, renforçant ainsi l’importance géopolitique de Laâyoune en tant que nœud central reliant l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne.

Pêcheur traitant la marchandise dans les installations du port de Dakhla, dans la ville de Dakhla, au Maroc – ATALAYAR/GUILLERMO LÓPEZ
Laâyoune renforce les relations du Maroc avec son continent
La première édition du Forum Sahel-Sahara de la diplomatie scientifique, organisée à Laâyoune, a réaffirmé l’engagement du Maroc en faveur du développement de l’Afrique et de la stabilité de la région du Sahel en particulier.
Cet événement, qui a réuni des experts africains en matière de science et de recherche, a renouvelé la volonté du Maroc de jouer son rôle primordial sur la scène continentale en s’engageant, selon la Déclaration de Laâyoune, à :
Promouvoir les partenariats scientifiques et universitaires entre les universités, les écoles et les instituts supérieurs marocains et leurs homologues des pays du Sahel et du reste du continent africain.
Institutionnaliser et mettre en œuvre des initiatives concrètes de développement.
Placer le capital humain au centre des programmes de formation et de qualification.
Tirer parti des expériences continentales, arabes et internationales.
Promouvoir une diplomatie scientifique innovante.
Créer des programmes de développement des compétences pour la jeunesse africaine.
Consolider le rôle du Maroc dans la coopération technologique et scientifique continentale.
Renforcer le « pouvoir doux » comme mécanisme de négociation et de communication entre les États africains.
À cet égard, la création de l’Institut supérieur afro-méditerranéen d’études, de recherche, d’innovation et d’investissement, dont le siège est à Laâyoune, fera de la ville un centre scientifique et universitaire de référence au niveau continental.