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Billet retour

Vingt ans après la crise migratoire de 2006, la route atlantique entre le Sénégal et les îles Canaries reste l’une des plus dangereuses pour les migrants. En 2024, plus de 10 000 personnes y sont mortes ou portées disparues. Confrontées à l’anonymat de ces victimes, familles et associations tentent de leur rendre un nom. Reportage de Sarah Sakho et Simon Martin.

C’est un anniversaire que personne ne célèbrera au Sénégal. Il y a 20 ans commençait la grande crise migratoire de 2006, faisant découvrir au monde la route de l’exil entre l’Afrique de l’Ouest et les îles Canaries. À l’époque, des centaines de pirogues clandestines tentent la traversée depuis les côtes sénégalaises, avec un terrible slogan : « Barça ou barsaax » – « Barcelone ou la mort ». Une formule devenue réalité pour des milliers de disparus, engloutis dans les flots de l’exode.

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Vingt ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée. Si le flux migratoire avait baissé dans les années 2010, la crise est aujourd’hui repartie de plus belle. L’année 2024 détient ainsi le triste record du plus grand nombre de morts sur la route atlantique : plus de 10 000 décès ou disparus, un chiffre qui dépasse même celui de la première crise.

Une tragédie qui condamne l’immense majorité de ses victimes à l’anonymat. Faute de moyens – et de réelle volonté politique –, les naufragés ne sont presque jamais identifiés. Même lorsque les corps sont retrouvés au Sénégal, ils sont enterrés à la hâte dans des fosses communes, laissant derrière eux des milliers de familles, incapables de faire leur deuil. Mais face à ce silence, des voix s’élèvent. Associations et proches se mobilisent, sur le terrain ou sur les réseaux sociaux, pour redonner un nom à ces morts qui hantent le Sénégal.