L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a délivré cette semaine l’attestation d’enregistrement au groupe turc Hayat DHC pour la réalisation d’un nouveau projet de fabrication de produits papetiers en Algérie. Selon le communiqué de l’Agence, l’investissement est estimé à 13,4 milliards de dinars, soit environ 87 millions d’euros. Le projet prévoit la création de 960 emplois directs.

L’unité industrielle produira 70 000 tonnes par an de bobines de papier grand format, 24 275 tonnes de mouchoirs en papier par an et 20 000 tonnes de produits de papier hygiénique. L’objectif affiché par les autorités est de renforcer l’offre locale et de réduire les importations.

Hayat DHC n’est pas un nouvel acteur en Algérie. Le groupe turc, présent dans 17 pays à travers 67 entreprises, y est déjà actif dans les détergents et les produits d’hygiène. Les autorités ont d’ailleurs encouragé l’entreprise à élargir son implantation et à développer un réseau de sous-traitance locale afin d’augmenter le taux d’intégration industrielle.

Une relation économique qui monte en puissance

Ce projet s’inscrit dans une relation bilatérale qui s’est intensifiée ces dernières années. Lors d’une visite officielle à Alger en novembre 2023, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait affiché l’ambition de porter les échanges commerciaux entre les deux pays au-delà de 10 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros). Il avait rappelé qu’environ 1 400 entreprises turques opéraient déjà en Algérie, employant près de 30 000 salariés.

Plus récemment, des responsables diplomatiques turcs ont indiqué que plus de 1 600 entreprises seraient désormais implantées en Algérie, pour un volume d’investissements cumulés dépassant 16,5 milliards de dollars, soit environ 14 milliards d’euros.

À titre de comparaison, un rapport de la Direction générale du Trésor français publié en 2020 indiquait déjà que la Turquie figurait parmi les six premiers partenaires commerciaux de l’Algérie, avec des échanges avoisinant 4,6 milliards de dollars selon les données de 2018. Les exportations algériennes vers la Turquie étaient alors composées à plus de 90% d’hydrocarbures, principalement du gaz naturel. Les exportations turques vers l’Algérie, estimées à 2,3 milliards de dollars, couvraient un éventail diversifié de produits industriels, notamment des pièces automobiles, des matériaux de construction, des câbles électriques, de l’électroménager et des machines-outils.

Un ancrage qui dépasse le cas algérien

Au-delà du cas algérien, les investissements turcs se multiplient sur l’ensemble du continent africain. Depuis le premier sommet Turquie-Afrique en 2008, Ankara a progressivement élargi son empreinte économique.

Selon les données communiquées lors du 5ᵉ Forum économique Turquie–Afrique à Istanbul, les échanges commerciaux entre la Turquie et l’Afrique sont passés d’environ 7 milliards de dollars au milieu des années 2000 à un objectif proche de 40 milliards à court terme. Les exportations turques vers l’Afrique ont atteint environ 23 milliards de dollars en 2024, contre 14 milliards d’exportations africaines vers la Turquie.

Dans ce contexte, l’Algérie occupe une place particulière. Économie majeure d’Afrique du Nord, marché de plus de 45 millions d’habitants et pays doté d’importantes ressources énergétiques, elle constitue à la fois une base industrielle et une plateforme régionale. Les autorités algériennes entendent s’appuyer sur cet intérêt d’Ankara pour renforcer la production locale, accroître le taux d’intégration industrielle et réduire la dépendance aux importations.