L’Égypte a inauguré samedi le Grand Musée Égyptien, un projet longtemps retardé et le plus grand musée au monde consacré à une civilisation antique. Ce mégaprojet vise également à dynamiser le secteur touristique et l’économie du pays, actuellement en difficulté.
Fruit de vingt ans de travaux, le musée, situé près des pyramides de Gizeh et du Sphinx, présente plus de 50 000 artefacts illustrant la vie dans l’Égypte antique. Il expose pour la première fois, depuis sa découverte en 1922, l’intégralité des trésors provenant du tombeau du célèbre roi Toutankhamon.
Des dirigeants du monde entier, dont des monarques, des chefs d’État et de gouvernement, devaient assister à la grande cérémonie d’ouverture dans la capitale égyptienne, selon la présidence, qui a présenté le musée comme «un événement exceptionnel dans l’histoire de la culture et de la civilisation humaines».
Le président Abdel Fattah al-Sissi a écrit sur les réseaux sociaux que le musée réunira «le génie des anciens Égyptiens et la créativité des Égyptiens modernes, enrichissant ainsi la culture et l’art mondiaux d’un nouveau fleuron qui attirera tous ceux qui chérissent la civilisation et le savoir».
Le musée, connu sous le nom de GEM, est l’un des nombreux mégaprojets initiés par M. al-Sissi depuis son entrée en fonction en 2014. Il a lancé des investissements massifs dans les infrastructures afin de relancer une économie affaiblie par des décennies de stagnation et fragilisée par les troubles qui ont suivi le Printemps arabe de 2011.
Le musée devrait attirer 5 millions de visiteurs par an, a mentionné l’homme d’affaires égyptien Sir Mohamed Mansour, membre du conseil d’administration du GEM.
Cela le placerait parmi les musées les plus populaires au monde. En 2024, à titre de comparaison, le Louvre à Paris a accueilli 8,7 millions de personnes, le British Museum 6,5 millions et le Metropolitan Museum of Art de New York 5,7 millions.
Le gouvernement a célébré l’inauguration en grande pompe, dans une véritable frénésie pharaonique. Vendredi soir, des centaines de drones ont illuminé le ciel, projetant des images du masque et du char de Toutankhamon, ainsi que d’autres pièces emblématiques du musée. Les médias ont diffusé des chansons pop égyptiennes accompagnées de vidéos de statues pharaoniques dansantes.
Un jour férié a été décrété samedi et la sécurité a été renforcée autour du Caire. Une scène a été installée dans la cour du musée où un orchestre et des musiciens devaient interpréter ce que les médias égyptiens ont décrit comme une «symphonie mondiale de l’humanité».
Le musée, partiellement ouvert depuis l’année dernière, était fermé depuis deux semaines pour les derniers préparatifs.
La construction de ce projet d’un milliard de dollars a débuté en 2005 sous la présidence d’Hosni Moubarak. Il visait à remplacer le Musée égyptien, un bâtiment plus que centenaire du centre-ville du Caire, devenu surpeuplé et désorganisé, incapable d’accueillir l’immense quantité d’antiquités égyptiennes.
Les travaux ont cependant été interrompus par les troubles liés au soulèvement de 2011 qui a renversé M. Moubarak. De nouveaux retards ont suivi, et l’inauguration prévue pour l’été a dû être reportée après le déclenchement, en juin, de la guerre israélo-iranienne de douze jours.
Un coup de pouce pour le tourisme et l’économie
Les autorités espèrent que le musée attirera davantage de touristes, qui prolongeront leur séjour et généreront les devises étrangères nécessaires pour soutenir l’économie égyptienne, durement touchée.
Le gouvernement a également réaménagé les abords du musée, des pyramides voisines et du Sphinx. De nouvelles autoroutes ont été construites et une station de métro est en construction à proximité. L’aéroport international du Sphinx a également ouvert ses portes à l’ouest du Caire, à 40 minutes du musée.
Le secteur du tourisme a souffert des années de troubles politiques et de violence qui ont suivi le Printemps arabe de 2011. Ces dernières années, il a amorcé une reprise après la pandémie de coronavirus et dans le contexte de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, deux pays qui représentent une part importante du tourisme en Égypte.
Un nombre record d’environ 15,7 millions de touristes ont visité l’Égypte en 2024, contribuant à hauteur d’environ 8 % au PIB du pays, selon les chiffres officiels. Le ministre du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, a déclaré que l’Égypte s’attend à accueillir environ 18 millions de touristes cette année, les autorités espérant atteindre 30 millions de visiteurs par an d’ici 2032.
Selon Walid el-Batouty, guide touristique, cela se traduira par la création d’emplois et un afflux de devises étrangères dans l’économie.
«Cela dynamisera considérablement l’économie égyptienne, et pas seulement les hôtels et le musée», a-t-il affirmé. Chaque fois qu’un touriste prend un taxi ou achète une simple bouteille d’eau, «c’est de l’argent qui rentre dans les caisses de l’État», a-t-il ajouté.
Le musée ouvrira ses portes au public le 4 novembre, date anniversaire de la découverte du tombeau de Toutankhamon, ont annoncé les autorités.