LA TRIBUNE AFRIQUE – La levée de fonds est généralement le nerf de la guerre pour les start-up. Bien qu’étant une jeune fintech, vous venez de lever 45 millions de dollars pour votre développement en Côte d’Ivoire. Quelle a été votre recette pour séduire les investisseurs ?
HENDRICK KETCHEMEN – La levée de fonds n’est effectivement pas un exercice aisé, notamment en raison du niveau de documentation et d’exigence requis par les investisseurs. Je pense que dans notre cas, l’ESG [environnemental, social et gouvernance] est l’un des points sur lesquels les investisseurs étaient très regardants. Il fallait donc s’assurer que même à un stade très précoce de notre entreprise, nous avions déjà mis en place des processus pour garantir notre impact environnemental, pouvoir le calculer, le mesurer sur les déchets et autres, à noter que nous avons un centre de maintenance. Il fallait également s’assurer que nous avons un cycle de traitement des déchets. Concernant l’aspect social, il fallait avoir mis en place une vraie structure de gouvernance qui intègre les employés, les procédures et autres. Nous avons beaucoup travaillé sur ces éléments et je dois dire que notre background, mon associé [Azamat Sultan] et moi, nous a grandement servi pour répondre à ce besoin de structure d’une jeune entreprise.
Justement, Azamat Sultan et vous cumulez près de 30 ans d’expérience dans la finance en Europe, notamment le capital-risque et la finance de marché. Si on revenait à la genèse du projet, de quelle manière avez-vous été amené à lancer GoCab en Afrique, puisque vous vous déployez aujourd’hui dans plusieurs pays y compris au Moyen-Orient et en Amérique latine ?
Dans ces métiers où nous avons fait carrière, on est au contact de beaucoup d’argent. Derrière nos écrans, nous passions le temps à faire des produits pour enrichir encore les plus riches. Et en voyant le déficit de capital en Afrique, je me suis toujours demandé comment – au regard de mon métier, de mon réseau – faire en sorte que le capital soit un outil qui aide les personnes du continent à changer leur quotidien. Cela m’a emmené à voyager de l’Est à l’Ouest de l’Afrique (Kenya, Rwanda, Sénégal, Côte d’Ivoire …), y compris dans les villages, afin de comprendre les cultures. On pense souvent à l’Afrique comme un bloc, mais il y a une vraie diversité à prendre en compte, moi-même étant d’origine camerounaise.