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Cette nouvelle posture pourrait renforcer le poids de l’Algérie dans le Sahel. Elle comporte cependant des risques : une implication militaire accrue pourrait exposer Alger à de nouvelles tensions, tandis que la compétition avec le Maroc et l’influence russe compliquent davantage le paysage stratégique.

Alger cherche à reprendre l’initiative dans une région devenue le théâtre d’une compétition géopolitique croissante. Après des décennies marquées par la prudence et la non-intervention, l’Algérie affiche désormais une volonté plus assumée de projeter sa puissance au-delà de ses frontières.

Pendant longtemps, la diplomatie algérienne s’est appuyée sur un principe cardinal : la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États. Mais cette doctrine semble aujourd’hui évoluer sous l’effet des bouleversements qui traversent le Sahel.

Face à l’instabilité politique et sécuritaire au Niger, au Mali et au Burkina Faso, Alger cherche à reprendre pied dans une région qu’elle considère comme stratégique pour sa propre sécurité. Selon une analyse publiée par le Financial Times, cette évolution traduit un changement notable dans la manière dont l’Algérie entend exercer son influence régionale.

Une rupture avec la prudence traditionnelle

Le changement est particulièrement visible sur le terrain militaire. À la suite d’une tentative de coup d’État au Niger, Alger aurait apporté un soutien militaire direct au régime en place, notamment par le déploiement d’avions de combat. Une telle initiative constituerait un tournant historique : l’Algérie n’avait plus engagé ouvertement ses forces militaires à l’extérieur de ses frontières depuis plusieurs décennies.

Cette évolution intervient alors que les groupes jihadistes continuent de déstabiliser une grande partie du Sahel. Pour les autorités algériennes, l’instabilité qui gagne les pays voisins constitue une menace directe susceptible de se propager jusqu’à ses frontières méridionales.

Le président Abdelmadjid Tebboune a par ailleurs adopté un ton plus ferme à l’égard des puissances étrangères qu’Alger accuse de contribuer à la déstabilisation de la région.

Alger veut revenir au cœur du jeu diplomatique

Cette nouvelle posture ne se limite toutefois pas au domaine militaire. L’Algérie tente également de renouer avec ses voisins sahéliens sur les plans diplomatique et économique.

Après des relations tendues avec les régimes militaires issus des coups d’État, Alger cherche ainsi à maintenir ou à rétablir des canaux de dialogue avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette stratégie vise à éviter que la présence croissante d’autres puissances ne marginalise l’influence algérienne dans son propre environnement stratégique.

L’énergie constitue à cet égard un instrument majeur. Alger entend renforcer son rôle de carrefour énergétique régional, notamment à travers le développement de projets gaziers reliant l’Afrique de l’Ouest à la Méditerranée. Le projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie s’inscrit dans cette logique : au-delà de sa dimension économique, il pourrait contribuer à accroître le poids géopolitique d’Alger dans l’ensemble du Sahel.

Le face-à-face avec le Maroc en toile de fond

Derrière cette nouvelle stratégie se profile également la rivalité persistante avec le Maroc.

Les deux pays se disputent depuis longtemps le leadership régional et défendent des positions opposées sur le Sahara occidental. Le rapprochement de Rabat avec Israël et le soutien américain au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental ont renforcé les inquiétudes algériennes.

Pour Alger, l’expansion de l’influence marocaine vers l’Afrique de l’Ouest constitue un défi stratégique. Le royaume a considérablement développé ses relations commerciales, diplomatiques et économiques avec plusieurs pays africains, tandis que l’Algérie cherche désormais à consolider ses propres réseaux d’influence.

Cette rivalité donne au Sahel une dimension supplémentaire : la région n’est plus seulement un espace marqué par les coups d’État, les groupes armés et le retrait progressif de certaines puissances occidentales. Elle est également devenue un terrain de compétition entre les principales puissances du Maghreb.

La Russie, autre pièce du puzzle

Alger doit également composer avec l’influence grandissante de la Russie dans le Sahel.

Moscou a renforcé ses liens avec plusieurs régimes militaires de la région, notamment au Mali et au Burkina Faso. L’Algérie entretient elle-même une relation militaire ancienne avec la Russie, mais elle ne souhaite pas nécessairement voir Moscou devenir l’acteur dominant de son environnement immédiat.

Cette situation place Alger dans une position délicate : préserver ses relations avec la Russie tout en affirmant son autonomie stratégique et en empêchant d’autres puissances de remplir le vide laissé par le recul de l’influence occidentale.

Une puissance régionale qui assume davantage ses ambitions

L’évolution actuelle de la politique algérienne marque donc un changement de méthode plus que l’abandon complet de ses principes traditionnels.

Alger continue de mettre en avant la souveraineté des États et la stabilité régionale. Mais elle semble désormais considérer que défendre ses intérêts passe aussi par une présence plus active, y compris sur les plans militaire, diplomatique et énergétique.

Cette nouvelle posture pourrait renforcer le poids de l’Algérie dans le Sahel. Elle comporte cependant des risques : une implication militaire accrue pourrait exposer Alger à de nouvelles tensions, tandis que la compétition avec le Maroc et l’influence russe compliquent davantage le paysage stratégique.

En affichant plus clairement ses ambitions, l’Algérie cherche ainsi à transformer son poids géographique, énergétique et militaire en véritable influence politique. Le Sahara et le Sahel pourraient devenir les principaux terrains où se jouera cette nouvelle projection de puissance.

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