Le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) a officiellement lancé, jeudi 8 octobre, au siège de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI), à Abidjan-Cocody, un projet pilote de collecte de données sur l’Église catholique en Afrique. La Côte d’Ivoire et le Ghana ont été retenus pour cette première phase, qui s’étendra sur deux ans.

Marcel Ariston BLÉ, Abidjan, Côte d’Ivoire

L’initiative vise à constituer une base de données fiable et actualisée sur les ressources humaines, les structures et les œuvres ecclésiales du continent, afin de mieux orienter les décisions pastorales et stratégiques. Pour le père Rafael Simbine Junio, secrétaire général du SCEAM, cette initiative revêt une importance capitale. Elle doit permettre à l’Institution de prendre des décisions susceptibles de soutenir et de renforcer la mission de l’Église sur le continent. Le responsable ecclésiastique a notamment souligné les difficultés rencontrées pour établir avec exactitude le nombre de prêtres, de religieuses et d’instituts religieux, ainsi que celui des établissements scolaires, des dispensaires et des hôpitaux relevant de l’Église catholique en Afrique. «Nous disposons d’estimations, mais pas de données chiffrées fiables et consolidées», a-t-il regretté.

À cette insuffisance s’ajoute la dépendance à l’égard de sources extérieures au continent. Selon le secrétaire général du SCEAM, une part importante des informations utilisées jusqu’à présent provient de l’extérieur de l’Afrique. Il souhaite voir cette situation évoluer afin que les responsables ecclésiaux africains puissent produire et communiquer eux-mêmes des informations fiables sur leur Église. «Nous souhaitons être en mesure de fournir nous-mêmes les informations relatives à l’Église catholique en Afrique», a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité de disposer de données précises, fiables et actualisées.

La Côte d’Ivoire et le Ghana, pays pilotes

Pour cette première phase, le SCEAM a retenu la Côte d’Ivoire et le Ghana, notamment en raison de la collaboration entre les deux pays et de la proximité géographique entre Abidjan et Accra, où se trouve le secrétariat général.

L’expérience acquise au cours de ces deux années devra servir de référence pour étendre progressivement le projet aux autres pays africains. Le père Rafael Simbine Junio a insisté sur l’importance de la réussite de cette phase pilote, dont les résultats sont appelés à constituer un modèle pour l’ensemble du continent. L’ambition est de doter progressivement l’Église catholique en Afrique d’un outil de référence lui permettant de mieux connaître ses réalités, d’identifier ses besoins et de planifier ses activités sur la base d’informations vérifiées.

Un outil au service de la planification pastorale

Selon le père Zéphirin Moubé, premier secrétaire général adjoint du SCEAM, chargé de l’évangélisation, cette collecte de données permettra également à l’Afrique de mieux se présenter au monde à partir de ses propres réalités. Il s’agit de mieux «connaître l’Église africaine par les Africains eux-mêmes, mais aussi de rendre cette connaissance accessible aux partenaires extérieurs et au Saint-Siège».

Cette démarche doit contribuer à une meilleure conduite des activités pastorales et à une prise de décision fondée sur des données fiables. La collecte d’informations ne constitue donc pas une simple opération statistique: «elle se veut un instrument d’aide à la décision et de renforcement de la mission évangélisatrice de l’Église», a-t-il précisé.

Lors du lancement du projet pilote de collecte de données sur l’Église catholique en Afrique au siège de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI)

Lors du lancement du projet pilote de collecte de données sur l’Église catholique en Afrique au siège de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI)

La CECCI salue une initiative stratégique

Présent à la cérémonie de lancement, le père Émile Kélignon, secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, a salué la vision portée par le SCEAM. Il a notamment mis en avant les perspectives qu’ouvre un tel projet en matière de planification et d’organisation des activités ecclésiales. «Nous savons tous ce qu’on peut attendre et envisager par un tel projet : la planification, l’organisation. De ce fait nous nous rejouissons de l’accueillir», a-t-il déclaré.

Le Père Émile a également souligné la responsabilité qui incombe à l’Église en Côte d’Ivoire, choisie avec le Ghana pour accueillir cette phase expérimentale. Ce choix témoigne, selon lui, de la confiance accordée aux deux pays, mais implique également un engagement important pour garantir le succès de l’initiative.

Cinq domaines prioritaires pour cartographier les réalités ecclésiales

La mise en œuvre du projet sera assurée par six religieuses, dont trois en Côte d’Ivoire et trois au Ghana. Les informations recueillies seront organisées autour de cinq grands domaines.

Le premier concerne les ressources humaines et la population catholique: évêques, prêtres, diacres, religieux et religieuses, séminaristes, novices, catéchistes et missionnaires. Le deuxième porte sur les structures ecclésiales, notamment les diocèses, les paroisses, les séminaires et les monastères. Le troisième domaine concerne l’éducation, avec le recensement des écoles et des établissements de formation professionnelle, ainsi que des effectifs d’élèves et d’étudiants, entre autres. Le quatrième est consacré à la santé, à travers le recensement des cliniques, des hôpitaux et des centres de rééducation. Enfin, le cinquième couvre les services sociaux, notamment les orphelinats, les foyers d’accueil et les maisons de retraite.