L’Erythrée, qui a appuyé les forces fédérales éthiopiennes durant la guerre dans la région du Tigré, y a commis des « massacres », a dénoncé ce mardi 3 février pour la première fois le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, dans un climat de fortes tensions entre Addis Abeba et Asmara.

Au moins 600.000 personnes, selon l’Union africaine, ont péri entre novembre 2020 et novembre 2022 durant ce conflit opposant le gouvernement fédéral éthiopien aux autorités de la région entrées en rébellion. « Pendant la guerre du Tigré, l’Érythrée a procédé à des massacres à Axoum et à des pillages à Adwa », a accusé devant les parlementaires éthiopiens M. Abiy qui avait mis des mois à admettre la présence de soldats érythréens au côté des troupes fédérales au Tigré.

Interrogé par l’AFP sur ces accusations, le ministre érythréen de l’Information Yemane Gebremeskel n’a pour l’heure pas réagi. L’Erythrée et l’Ethiopie, qui avait progressivement annexé dans les années 1950 cette ancienne colonie italienne, entretiennent historiquement des relations tendues.

L’Erythrée a obtenu formellement son indépendance en 1993 après des décennies de lutte armée contre Addis Abeba et une guerre a ensuite opposé les deux voisins entre 1998 et 2000, faisant des dizaines de milliers de morts.

L’Éthiopie et l’Erythrée avaient normalisé leurs relations après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018

Les deux pays avaient toutefois normalisé leurs relations après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018, un rapprochement qui avait valu à ce dernier le prix Nobel de la paix l’année suivante. Deux ans plus tard, les troupes érythréennes avaient soutenu les forces gouvernementales éthiopiennes dans leur offensive contre celles des autorités rebelles de la région du Tigré, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui gouvernait l’Ethiopie durant le conflit de 1998-2000 et ennemi juré du régime d’Asmara.

Un accord de paix avait finalement été signé en novembre 2022 entre le gouvernement éthiopien et les rebelles du Tigré. Mais l’Erythrée n’avait pas participé aux discussions. Les troupes érythréennes continuent d’être présentes dans la région du Tigré et les autorités éthiopiennes les accusent désormais de s’être alliées au TPLF et de « préparer activement un guerre » contre l’Ethiopie.

Mi-janvier, le président Issaias Afeworki, qui dirige l’Erythrée d’une main de fer depuis 1993, avait affirmé que l’Ethiopie avait « déclaré la guerre » à l’Eryhtrée, les deux pays étant depuis plusieurs mois à nouveau à couteaux tirés. En février 2023, M. Afeworki avait rejeté les accusations de violations des droits humains au Tigré par ses forces, dénonçant de la « désinformation ».