L’Afrique du Sud prévoit de créer une commission présidée par le chef de l’État Cyril Ramaphosa pour renforcer la supervision de ses entreprises publiques.

Selon les propos de Maropene Ramokgopa, ministre à la présidence chargée de la Planification, du Suivi et de l’Évaluation, relayés par Bloomberg le 7 octobre, cette instance devra harmoniser les pratiques de gouvernance, améliorer le suivi des performances et coordonner les restructurations afin de réduire les doublons entre entités.

Le gouvernement entend également définir une stratégie nationale clarifiant leur rôle et professionnaliser l’exercice de ses responsabilités d’actionnaire. D’après Maropene Ramokgopa, les propositions actuellement préparées portent notamment sur les nominations, les rémunérations et la rationalisation du portefeuille public. Le calendrier précis et les pouvoirs définitifs de l’instance restent toutefois à préciser.

Un changement de cap sous pression

La nouvelle structure doit remplacer le projet de holding commune baptisée « State Asset Management SOC » (Samsoc), qui devait regrouper plusieurs entreprises publiques stratégiques.

Ce changement de modèle répond notamment à des résistances politiques. Présenté au Parlement en janvier 2024, le « National State Enterprises Bill », qui prévoyait la création de cette holding, a été retiré en septembre dernier sous la pression de l’Alliance démocratique, de l’Inkatha Freedom Party et d’autres partenaires du gouvernement d’unité nationale. Des entreprises et des créanciers avaient également contesté le dispositif, estimant qu’une holding ne réglerait pas les problèmes financiers et organisationnels des groupes concernés et n’offrirait pas de protection suffisante contre les interférences politiques.

La formule désormais envisagée maintiendrait les entreprises sous la tutelle de leurs ministères sectoriels, tout en ajoutant une coordination présidentielle. Eskom resterait ainsi sous la tutelle du ministère de l’Électricité et de l’Énergie. Transnet, l’entreprise publique de fret et de logistique, la compagnie aérienne nationale South African Airways et Airports Company South Africa (ACSA) relèveraient du ministère des Transports, tandis que le fabricant d’armes Denel serait rattaché à celui de la Défense.

Un coût budgétaire toujours élevé

L’enjeu dépasse l’architecture administrative. Dans sa revue budgétaire de 2026, le Trésor national indique que les principales entreprises publiques ont cumulé 19,3 milliards d’euros de pertes sur les cinq dernières années. Plusieurs restent dépendantes de l’État pour financer leurs opérations, refinancer leurs dettes ou investir.

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Les trajectoires sont néanmoins différentes. Eskom a renoué avec les bénéfices durant l’exercice 2024/2025, pour la première fois depuis 2016/2017. Cette performance a été consolidée lors de l’exercice 2025/2026, avec un bénéfice net après impôts qui a plus que doublé pour atteindre 1,64 milliard d’euros, grâce notamment à l’amélioration de ses performances de production. Son dispositif d’allègement de dette demeure toutefois considérable : le Trésor en fixe l’enveloppe à 12,46 milliards d’euros, contre 13,76 milliards d’euros initialement prévus.

Transnet reste, pour sa part, dans une situation financière fragile. Le groupe ferroviaire et portuaire a réduit sa perte nette de 395,2 millions d’euros en 2023/2024 à 102,9 millions d’euros en 2024/2025, mais ses résultats opérationnels et financiers demeurent inférieurs aux objectifs.

Le Trésor recense 7,89 milliards d’euros de garanties supplémentaires accordées en 2025/2026, portant la facilité totale à 10,64 milliards d’euros. Si ces garanties ne constituent pas des dépenses immédiatement décaissées, elles exposent l’État si l’entreprise ne peut honorer ses obligations.

Plus globalement, la future commission devra s’articuler avec des réformes sectorielles qui avancent indépendamment du projet de holding. Le 23 septembre, le Conseil des ministres a notamment soutenu la séparation de la Transnet National Ports Authority pour en faire une entreprise autonome, directement détenue par l’État.

Pour le Trésor, le redressement des entreprises publiques est une condition de l’amélioration des performances économiques. Eskom doit consolider la sécurité énergétique et réduire la pression sur les finances publiques, tandis que Transnet doit stabiliser les chemins de fer et les ports pour accroître la capacité d’exportation du pays.