En Afrique du Sud, Kgosientsho Ramokgopa, ministre de l’Électricité et de l’Énergie a annoncé le 16 novembre dernier que le pays envisageait de construire une nouvelle centrale nucléaire à Duynefontein, près de la ville du Cap dans le sud-ouest du pays.

Selon les détails relayés par Bloomberg, cette unité sera dotée dans un premier temps d’une capacité de 4 GW. L’infrastructure viendrait s’ajouter à la centrale de Koeberg, au nord du Cap, seule unité du genre en activité en Afrique.  

Une montée en puissance annoncée

Avec cette nouvelle annonce, le gouvernement sud-africain vient réaffirmer ses ambitions dans le nucléaire. La nation la plus industrialisée du continent entend en effet augmenter l’importance de l’atome dans son parc énergétique pour réduire sa dépendance vis-à-vis du charbon et en faire un atout pour sa décarbonation énergétique.

Dans ce cadre, Eskom, la compagnie publique d’électricité, a obtenu le 6 novembre dernier, le feu vert du régulateur national de l’énergie nucléaire (NNR) pour prolonger de 20 ans, la licence d’exploitation de l’unité 2 de la centrale de Koeberg.

Mise en service en 1985, l’unité dotée d’une capacité de 946 MW, devrait ainsi rester opérationnelle jusqu’en novembre 2045. Déjà en juillet 2024, l’unité 1 de ladite infrastructure avait reçu un prolongement de 20 ans de sa licence d’exploitation.

Au-delà du maintien des capacités existantes, le gouvernement table aussi sur la recherche et le développement. D’après M. Ramokgopa, le pays devrait rouvrir un laboratoire de développement de combustible, une installation de test à l’hélium et un site de stockage de déchets nucléaires.

Plus tôt en octobre dernier, le gouvernement sud-africain a annoncé la relance du programme Pebble Bed Modular Reactor (PBMR), mis en pause depuis 2010 après un investissement de plus de 10 milliards de rands (environ 500 millions d’euros). Le statut « care and maintenance » a officiellement été retiré, permettant à la Necsa (South African Nuclear Energy Corporation) de reprendre la technologie. Cette dernière prévoit désormais d’ouvrir des discussions avec des investisseurs internationaux pour co-développer un démonstrateur de réacteur modulaire. L’intérêt pour cette technologie repose sur des atouts tels qu’un coût réduit et la capacité de produire une énergie à la fois bas carbone et stable. Un facteur crucial pour la nation arc-en-ciel dont le système électrique a connu ces 5 dernières années plusieurs défaillances avec des coupures récurrentes qui ont pesé sur les performances économiques.

Des plans ambitieux

Ces différents développements entrent dans le cadre d’une feuille de route volontariste. Le Plan intégré des ressources énergétiques (Integrated Resource Plan-IRP) révisé et annoncé en octobre dernier prévoit 2 230 milliards de rands d’investissements (113 milliards d’euros) dans les énergies, soit 30% du PIB.

Selon les autorités, ce plan devrait permettre d’ajouter 105 000 MW de nouvelles capacités de production d’ici 2039. Dans les détails, l’initiative prévoit notamment 5 200 MW de nucléaire en plus de 11 270 MW de solaire photovoltaïque, 7 340 MW d’éolien et 6 000 MW de centrales à gaz.

Plus largement, le virage nucléaire sud-africain est à inscrire dans un contexte mondial de renouveau de l’industrie. Selon le rapport annuel sur l’état de l’industrie nucléaire (World Nuclear Industry Status Report 2025) publié en septembre dernier, la production mondiale d’énergie nucléaire a augmenté de 2,9% en un an pour atteindre 2 677 térawattheures (TWh), la Chine figurant parmi les principaux moteurs de cette hausse.