Une laiterie a été inaugurée le jeudi 19 février dans la zone industrielle de Rouiba en Algérie, par le groupe public Giplait, actif dans la collecte, la transformation et la distribution du breuvage. Implantée sur plus de 4 hectares, elle dispose d’une capacité de plus de 1,2 million de litres par jour, soit environ 1 200 tonnes, ce qui en fait la plus grande unité de transformation en activité dans le pays. L’usine est dotée d’équipements modernes permettant de produire du lait pasteurisé subventionné et vendu à prix réglementé, mais aussi du lait ultra-haute température (UHT).
« […] Ce projet constitue une étape stratégique vers le développement de la filière lait, la réalisation de l’autosuffisance, l’élimination de la pénurie et la contribution à la stabilité du marché national des produits de première nécessité » s’est réjouie Samah Lahlouh, PDG de Giplait.
Réduire les importations
Ceci s’inscrit dans une dynamique plus large pour Giplait qui a, en janvier, eu des discussions avec le groupe russe EkoNiva, un des leaders mondiaux de la production de lait cru, sur la mise en place éventuelle de fermes pilotes spécialisées. S’il voyait le jour, un tel partenariat permettrait également un transfert de compétences et de technologies, afin de mieux organiser la filière algérienne, la rendre plus compétitive et l’aligner sur les standards internationaux.
L’enjeu est aussi de renforcer l’industrie laitière locale pour mieux couvrir les besoins du marché intérieur et réduire la dépendance vis-à-vis de fournisseurs comme l’Union européenne (UE), la Nouvelle-Zélande, l’Uruguay et l’Argentine. Alors que la consommation algérienne de lait par tête est la plus élevée du continent africain, la filière peine en effet à suivre le rythme de la demande, ce qui conduit à des achats massifs sur le marché international.
Selon les données du Baromètre des agricultures africaines publié en octobre 2025, l’Algérie a ainsi représenté à elle seule près de 22% de la facture africaine des importations de produits laitiers, évaluée à 7,5 milliards USD (environ 6,35 milliards d’euros) en 2023. La tendance est particulièrement marquée au niveau du lait en poudre utilisé comme base pour la reconstitution de lait de consommation, pour lequel le pays est le second importateur mondial derrière la Chine, avec 236 000 tonnes importées en 2024 d’après le Département américain de l’agriculture (USDA).
D’autres intérêts internationaux
Au-delà d’EkoNiva, d’autres acteurs internationaux expriment leur intérêt pour le marché laitier algérien. Le groupe agroalimentaire qatari Baladna construit actuellement dans la région d’Adrar au sud du pays, un mégacomplexe agroindustriel qui ambitionne de devenir la plus grande laiterie intégrée au monde. Ce projet d’un coût évalué à 3,5 milliards USD (environ 3 milliards d’euros) reposera sur une ferme de 117 000 hectares destinée à accueillir un troupeau de 270 000 vaches laitières.
La production de ce cheptel alimentera une usine de transformation capable de produire 200 000 tonnes de lait en poudre par an. Les travaux doivent démarrer cette année, pour une première production de lait en poudre prévue pour fin 2027. Le projet est présenté comme un partenariat gagnant-gagnant, permettant à l’Algérie de disposer d’un appareil industriel capable de couvrir la majeure partie de ses besoins, voire d’exporter, et à Baladna de s’ancrer un peu plus sur le continent africain.
L’entreprise avait annoncé en 2023 un projet de 1,5 milliard USD (1,27 milliard d’euros) en Égypte, le second importateur africain de produits laitiers derrière l’Algérie. Elle a aussi dévoilé en juin 2025 son intention d’implanter une laiterie dans l’État d’Ogun au Nigeria.