Le groupe minier sud-africain Sibanye-Stillwater poursuit en Finlande la mise en service de sa mine Keliber, appelée à devenir l’un des rares sites intégrés de production d’hydroxyde de lithium en Europe. Selon son rapport semestriel publié le vendredi 20 février, le chantier progresse conformément au calendrier, avec une fin de phase de construction attendue au premier trimestre 2026. La première explosion destinée à extraire le minerai a eu lieu le 11 février sur le site à ciel ouvert de Syväjärvi, marquant le début des activités d’extraction.
Ce démarrage survient alors même que le groupe adapte la montée en régime du projet à un environnement de prix dégradé. Plutôt qu’un lancement simultané de la mine, du concentrateur et de la raffinerie, Sibanye privilégie une mise en service séquencée afin de réduire les risques techniques et financiers.
Un projet stratégique pour l’Europe
Keliber est présenté par ses promoteurs comme le projet de lithium intégré le plus avancé de l’Union européenne. Il comprend plusieurs zones minières, un concentrateur à Päiväneva et une raffinerie dans le parc industriel de Kokkola. À terme, le site doit produire environ 15 000 tonnes d’hydroxyde de lithium de qualité batterie par an, sur une durée de vie de plus de 18 ans.
Sibanye détient près de 80% du projet, aux côtés de Finnish Minerals Group. Le financement a été sécurisé en partie via un emprunt de 500 millions d’euros, incluant la Banque européenne d’investissement. Si le chantier progresse, l’environnement économique reste tendu. La compagnie a dû réviser en 2024 le budget du projet pour en porter le coût total estimé à 783 millions d’euros, soit une hausse de 17% par rapport aux estimations initiales.
Sur le semestre clos le 31 décembre 2025, Sibanye a enregistré une nouvelle dépréciation de 2,46 milliards de rands (environ 130,7 millions d’euros) sur Keliber. Pour l’ensemble de l’année 2025, les dépréciations cumulées liées au projet atteignent 7,8 milliards de rands, soit environ 414,4 millions d’euros.
Le groupe attribue ces ajustements comptables à une révision à la baisse de ses hypothèses de prix à long terme pour l’hydroxyde de lithium. Le marché du lithium a connu une forte correction après les sommets atteints en 2022, sous l’effet d’un rééquilibrage entre offre et demande après une période de tensions sur l’approvisionnement. Cette volatilité avait déjà conduit Sibanye à se retirer en février 2025 du projet Rhyolite Ridge aux États-Unis.
Un intérêt toujours marqué pour les métaux « batteries »
S’il continue de progresser sur Keliber malgré les difficultés, Sibanye-Stillwater reste avant tout un producteur d’or et de métaux du groupe du platine, principalement en Afrique du Sud et aux USA. Créé en 2013 autour de trois mines d’or sud-africaines, le groupe s’est progressivement diversifié vers le platine, puis vers les métaux liés à la transition énergétique, dont le lithium, le nickel et le zinc.
En 2025, ses résultats ont été largement soutenus par la hausse des prix de l’or et des métaux du groupe du platine. Le bénéfice par action s’est établi à 2,44 rands (0,13 euros), contre 0,64 rand (0,034 euros) un an plus tôt, permettant au groupe de rétablir un dividende pour la première fois depuis 2023.
Toutefois, Sibanye veut toujours maintenir son cap sur les métaux pour batteries. « Notre stratégie à long terme reste de fournir des métaux qui soutiendront la décarbonation et la transition énergétique », a déclaré le DG Richard Stewart, selon des propos rapportés par Reuters. Selon lui, les initiatives de l’Union européenne et des États-Unis visant à réduire leur dépendance à la Chine pour les matériaux de batteries pourraient, à terme, soutenir la demande et influencer la structure des prix.