L’action de la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE) connaît une hausse en ce début d’année 2026. Le titre de la filiale du groupe franco-américain Eranove, a enregistré une progression de 25% entre le 1er janvier et le 23 février, passant de 2360 FCFA à 2950 FCFA. Cette évolution reflète la confiance des investisseurs dans les perspectives de croissance de l’entreprise, portées notamment par la mise en œuvre de la deuxième phase du programme « Électricité Pour Tous » (PEPT II).
Le contexte macroéconomique et sectoriel a également contribué à cette performance. Sur la même période, le compartiment « Énergie » de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), basée à Abidjan, a évolué dans une dynamique haussière, invitant à analyser la progression de la CIE dans un cadre de marché plus large. Néanmoins, la hausse de 25 % de l’action CIE dépasse les performances moyennes du secteur, ce qui laisse penser que des facteurs propres à l’entreprise soutiennent cet engouement. Parmi eux, le programme PEPT II apparaît comme un levier majeur de croissance structurelle pour la CIE.
Un financement structuré pour soutenir l’expansion
Le programme « Électricité Pour Tous » (PEPT) vise à étendre l’accès à l’électricité en Côte d’Ivoire, notamment auprès des ménages à faibles revenus et dans les zones rurales. La phase II de ce programme, qui s’étend sur la période 2025-2026, prévoit environ 606 702 connexions supplémentaires, dont 423 828 restent à réaliser. Cet objectif représente une expansion notable de la base de clients de la CIE et une augmentation prévisible de ses revenus futurs. Pour les investisseurs, cette visibilité sur la croissance des raccordements et des flux de trésorerie associés constitue un élément clé de valorisation. Pour assurer le financement de cette expansion, un montage financier en cours de développement en Afrique de l’Ouest a été élaboré. La CIE a une fois de plus mobilisé une partie des frais de branchement, afin de financer le déploiement à grande échelle du programme PEPT II.
Dans ce contexte, la Société Financière Internationale (IFC), filiale de la Banque Mondiale, a joué un rôle en fournissant des garanties visant à réduire le risque perçu par certains investisseurs. L’intervention de l’IFC a permis de sécuriser une émission d’un montant pouvant atteindre environ 91,5 millions d’euros. Cette émission a attiré plusieurs investisseurs de premier plan, dont la Société Ivoirienne de Banque (SIB), filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank, et le fonds EAAIF, géré par le groupe financier Ninety One, basé en Afrique du Sud et au Royaume-Uni, avec le soutien institutionnel de la Banque Africaine de Développement (BAD) en tant qu’investisseur de référence, ainsi que du fonds norvégien Norfund.
Ce financement structuré renforce la capacité de la CIE à étendre son réseau de distribution, à améliorer la qualité de ses services et à assurer la prévisibilité de ses revenus futurs. Les investisseurs, en souscrivant à cette émission, parient sur la capacité de la CIE à générer des flux de trésorerie suffisants pour rembourser les obligations contractées et distribuer des rendements attractifs. Le mécanisme financier mis en place repose sur un principe simple mais efficace : les frais de branchement payés par les nouveaux clients raccordés au réseau serviront à rembourser les investisseurs. Ce modèle de financement, soutenu par des garanties de l’IFC, offre une certaine sécurité aux bailleurs de fonds, car il relie directement les revenus de la CIE à la réalisation des objectifs de raccordement du programme PEPT II. Pour la CIE, cela signifie que la croissance de sa base de clients génère automatiquement les ressources nécessaires au remboursement de ses dettes, créant ainsi une dynamique vertueuse de croissance financièrement soutenable.
Une structure actionnariale solide
Selon des sources du gouvernement et de la BRVM, la CIE est détenue à 54,2% par le groupe Eranove, un acteur majeur de l’énergie et de l’eau en Afrique de l’Ouest. Eranove est lui-même majoritairement contrôlé par le fonds d’investissement américain Emerging Capital Partners (ECP), présent dans son capital depuis 2008. ECP est un investisseur spécialisé en Afrique, actif notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’eau et des services publics. Sa présence traduit un engagement à long terme et une stratégie industrielle structurée.
Eranove compte également parmi ses actionnaires l’assureur français AXA, qui détient 18,6 % du capital depuis 2015. Même minoritaire, cette participation renforce la crédibilité financière du groupe auprès des marchés et des bailleurs internationaux. La présence conjointe d’ECP et d’AXA dans l’actionnariat confère à la CIE une base financière solide et une gouvernance reconnue.
Adossée à des investisseurs institutionnels de premier plan, l’entreprise bénéficie d’un accès facilité aux financements et d’une expertise technique de haut niveau. Pour les investisseurs, cette structure actionnariale constitue un gage de stabilité et de sérieux. Elle contribue à la confiance du marché, ce qui se traduit par la hausse du cours de l’action CIE.
L’expansion du réseau électrique de la CIE, portée par le programme PEPT II, aura des implications qui dépassent la seule entreprise. À terme, l’augmentation du nombre de raccordements devrait entraîner une hausse de la demande d’électricité. Cette croissance de la consommation devrait avoir un impact direct sur la demande de gaz, composante essentielle qui joue un rôle clé dans la production d’électricité en Côte d’Ivoire, qui complète la production hydroélectrique et renouvelable.
Foxtrot International (filiale du groupe d’entreprises de la famille Bouygues), qui fournit une part importante du gaz destiné à la production électrique en Côte d’Ivoire, pourrait ainsi bénéficier indirectement de cette expansion de la clientèle de la CIE. Une hausse de la demande d’électricité se traduirait par une augmentation de la consommation de gaz et, par conséquent, par une hausse des volumes fournis par Foxtrot International.