
Move with Africa ©Move with AfricaPeurs, préjugés… et premiers échanges
Avant la première sortie, beaucoup avouaient ressentir de la peur ou de la méfiance. Comment se comporter ? Que dire ? À quoi s’attendre ? Les images véhiculées par les médias et la distance sociale nourrissaient des représentations souvent stéréotypées. Pourtant, dès les premiers échanges … ces craintes se sont dissipées.
Les élèves ont découvert avant tout des personnes, des visages, des voix, des histoires. Des hommes et des femmes confrontés à la précarité, privés de logement, de sécurité, parfois de santé, et de considération. Ils ont compris que vivre dans la rue n’est pas une « situation » figée, mais une succession d’épreuves physiques, psychologiques et sociales. Et que cette réalité existe au cœur même de Bruxelles!
Des parcours de vie bouleversants
Certains témoignages ont profondément marqué le groupe. Comme celui de ce jeune Belge, autrefois plein de projets, tombé dans la dépendance après un voyage et aujourd’hui livré à la rue. Lucide, honnête, il racontait sa situation sans se plaindre, avec une tristesse immense. Il évoquait ses parents et ses deux sœurs, dont il s’était éloigné à force de rechutes et de déceptions. « Sa lucidité nous a bouleversés », confient les élèves.
D’autres récits faisaient écho à des ruptures familiales, des deuils, des troubles de santé, des violences subies, des migrations difficiles, des pertes d’emploi ou de logement. Autant de trajectoires différentes qui rappellent que personne n’est totalement à l’abri de la chute.

Move with Africa ©Move with AfricaUne misère multiple, une humanité partagée
Les maraudes ont mis en lumière l’ampleur des besoins : la file de personnes demandant un café chaud ou une soupe, la diversité des profils – jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, Belges et étrangers, seuls ou accompagnés – et la gratitude sincère exprimée par des gestes simples : un sourire, un « merci », une poignée de main, une conversation qui rompt, ne serait-ce qu’un instant, une profonde solitude.
Les élèves avaient préparé eux-mêmes des desserts. Ce geste modeste s’est transformé en acte de rencontre. Offrir un gâteau, c’était offrir du temps, de l’attention, un regard sans jugement. Une manière silencieuse de dire : « Tu comptes. »
L’exemple discret de l’engagement
Au fil des soirées, les élèves ont également rencontré Henna et sa famille, présents chaque semaine pour préparer et servir la soupe. Leur engagement, fidèle et sans recherche de reconnaissance, a profondément impressionné le groupe. « Ils viennent ici depuis des années, simplement parce qu’ils estiment que c’est juste », expliquent-ils. Une solidarité discrète… inspirante.
Une leçon d’humilité… et de responsabilité
Pour beaucoup, ces maraudes ont été une confrontation directe avec leurs propres privilèges : un toit, des repas, une famille, une école, des perspectives d’avenir. Elles ont aussi éveillé une conscience plus aiguë de l’injustice sociale et des limites d’une société qui laisse certains exister sans voix ni visibilité.
Un détail a marqué les esprits : un soir, des matelas jonchaient le sol du tunnel. La fois suivante, ils avaient disparu. L’endroit semblait plus propre, moins odorant. Mais la question demeurait : la misère avait-elle réellement disparu, ou avait-elle été déplacée ailleurs ?
Un projet qui dépasse le voyage
Ces maraudes ne constituent pas un simple épisode isolé d’un programme scolaire. Elles s’inscrivent dans un projet plus large, Move With Africa, qui prépare les élèves à vivre des expériences transformatrices, à changer leur regard, à développer une solidarité active et durable, et à se sentir responsables des autres, quels qu’ils soient et où qu’ils vivent, afin de contribuer à rendre notre monde plus juste.
Ces maraudes ont appris aux élèves que la solidarité se vit, se partage et se construit dans la rencontre. Elle peut commencer par une soupe, un dessert fait maison et un regard qui reconnaît l’autre comme un égal.

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