Le projet de loi de finances 2027 met en lumière les principaux arbitrages auxquels le Maroc est confronté : financer son développement, répondre aux attentes sociales et préserver ses équilibres financiers. Avec 482 milliards de dirhams de recettes ordinaires, 433 milliards de dépenses ordinaires et 138 milliards consacrés à l’investissement, l’État entend poursuivre ses chantiers. Mais le déficit annoncé, proche de 89,6 milliards de dirhams, rappelle l’ampleur des besoins de financement.
La première question est celle des ressources. Avec 437 milliards de dirhams de recettes fiscales, l’impôt demeure le principal levier budgétaire. Les ajustements de l’impôt sur le revenu, le maintien d’une taxation de 40 % pour certains grands opérateurs d’hydrocarbures et les nouvelles dispositions concernant l’immobilier traduisent la volonté de mobiliser les recettes tout en adaptant les règles fiscales. L’enjeu reste de répartir équitablement l’effort, d’élargir l’assiette et de lutter contre l’évasion fiscale sans décourager l’investissement.

Le pouvoir d’achat constitue un autre test. L’exonération de TVA à l’importation de plusieurs catégories de bétail, de viandes et d’abats vise à alléger les coûts d’approvisionnement. Mais son efficacité dépendra de la répercussion de cet avantage sur les prix de vente. Une mesure fiscale ne produit ses effets sociaux que si les ménages en ressentent concrètement les bénéfices.
L’investissement public représente, lui aussi, un enjeu majeur. Les 138 milliards de dirhams annoncés peuvent soutenir l’activité et renforcer les infrastructures. Encore faut-il garantir une exécution efficace des projets et mesurer leurs retombées en matière d’emploi, de productivité et de réduction des disparités territoriales. La réserve de précaution de 15 % sur les crédits d’investissement souligne l’importance de la prudence budgétaire, mais impose aussi de veiller à ne pas ralentir inutilement les projets prioritaires.

La préparation de la Coupe du monde 2030 s’inscrit dans cette logique. Les exonérations fiscales et douanières prévues pour la FIFA et ses partenaires accompagnent l’organisation de l’événement. Le véritable enjeu sera toutefois de convertir les investissements engagés en bénéfices durables pour le tourisme, les entreprises nationales, l’emploi et les territoires.
Reste la question de l’endettement. Les emprunts prévus atteignent 120 milliards de dirhams. Le recours à la dette peut financer le développement, à condition que les investissements génèrent des retombées suffisantes pour soutenir la croissance et les recettes futures. Il faut donc surveiller le coût des financements, les échéances de remboursement et la place croissante du service de la dette dans les dépenses publiques.

Au fond, le PLF 2027 se jouera moins sur les montants annoncés que sur leur utilisation. La mobilisation fiscale, l’investissement et l’endettement ne sont que des instruments. Leur pertinence se mesurera à l’amélioration des services publics, à la création d’emplois, au pouvoir d’achat et à la capacité de l’État à préserver ses marges financières. C’est dans l’exécution et les résultats que ce budget devra faire ses preuves.