Le Ghana a décidé de suspendre temporairement les demandes de citoyenneté destinées aux descendants d’Africains, une procédure emblématique qui a permis la délivrance d’environ un millier de passeports en dix ans. Selon les autorités, cette pause vise à rendre le dispositif « plus accessible » et « plus efficace » pour les candidats du monde entier.

Dans un communiqué publié dimanche 1er février, le ministère de l’Intérieur et le Bureau des affaires de la diaspora du président (DAOOP) n’ont toutefois pas précisé quand les demandes pourraient reprendre ni quelles seraient les nouvelles modalités. Cette décision intervient alors que le pays d’Afrique de l’Ouest s’est imposé comme une destination symbolique pour la diaspora africaine.

Une politique mémorielle et identitaire

La côte ghanéenne fut l’un des principaux points de départ de la traite négrière transatlantique entre les XVe et XVIIIe siècles. En 2016, le pays avait commencé à accorder la citoyenneté à sa « diaspora historique », incluant les descendants d’Africains réduits en esclavage ainsi que ceux dont les ancêtres ont émigré volontairement aux XIXe et XXe siècles.

L’initiative a pris de l’ampleur en 2019, lorsque le gouvernement a lancé un programme incitant les Afro-Américains à renouer avec leurs racines, allant jusqu’à qualifier la diaspora africaine de « 17e région » du Ghana. Depuis, près d’un millier de passeports ont été délivrés, y compris à des personnalités internationales comme Stevie Wonder, Yandy Smith ou encore l’influenceur IShowSpeed.

Entre pause technique et inquiétudes

Pour Erieka Bennet, ambassadrice du Forum de la diaspora africaine, cette suspension relève d’un simple ajustement. « La suspension signifie essentiellement qu’ils réexaminent le processus », a-t-elle expliqué à l’AFP, assurant que le gouvernement reste « très engagé à soutenir la diaspora historique ».

Selon elle, les longues procédures de vérification de l’ADN et des frais dépassant 2 000 dollars figurent parmi les raisons de cette révision. À l’inverse, l’analyste Ishmael Hlovor redoute que les futures règles ne restreignent l’accès à la citoyenneté, « au lieu du cadre très large que le Ghana offrait jusqu’à présent », notamment par « de nouvelles exigences pour prouver son ascendance ».