Le 12 novembre dernier, lors du Forum d’affaires UE-Zambie sur le corridor de Lobito, un accord de financement de 50 millions d’euros a été signé au profit de la ligne Livingstone – Ndola. L’enveloppe vise à rénover des sections clés du réseau ferroviaire zambien opérées par la Zambia Railways Limited (ZRL), et à en moderniser les systèmes de signalisation.

Cette démarche entre dans le cadre du Programme d’appui de l’Union européenne au secteur ferroviaire (RSSP) en Zambie. D’un coût global de 117,5 millions d’euros, l’initiative est cofinancée par le gouvernement zambien, le secteur privé et la Banque mondiale. Elle a pour objectif global de renforcer et d’améliorer l’efficacité du cadre réglementaire du transport ferroviaire, notamment le segment fret, dans un pays qui est le 2e producteur africain de cuivre derrière la République démocratique du Congo.

L’appui de l’UE survient alors que la ZRL recherche des capitaux pour financer son plan stratégique de modernisation des services ferroviaires. La feuille de route qui s’étend sur la période 2024-2028 nécessite un investissement total de 248 millions $ (environ 213,6 millions €). Elle prévoit, entre autres, la rénovation de 460 wagons, l’achat de 10 locomotives, ou encore la réhabilitation de la section Bwana Mukubwa – Kapiri Mposhi.

Un soutien sur fond de rivalité avec la Chine

Avec cette démarche, le bloc européen affirme un peu plus sa volonté de peser dans la bataille qui se tient depuis quelques années autour des corridors logistiques servant au transport des minerais stratégiques d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe vers le reste du monde. En plus de la modernisation, l’enveloppe débloquée devrait en effet préparer le tronçon Livingstone – Ndola à une intégration dans le corridor de Lobito, une ligne ferroviaire d’environ 1 700 km qui relie le port de Lobito en Angola à Kolwezi, en RDC. Cette route clé vise à offrir une alternative plus rapide pour exporter le cuivre et le cobalt de la Zambie et de la RDC via l’Angola, par rapport aux routes passant par l’Afrique du Sud ou le Mozambique.

Le nouveau soutien de l’UE devrait lui permettre de s’affirmer un peu plus sur le projet, dans un contexte de présence croissante de la Chine. En effet, le géant asiatique est actuellement engagé sur un projet similaire dans la région, sur la ligne ferroviaire de la TAZARA. Construit dans les années 70, cet axe connecte des mines de cuivre de la Copperbelt en Zambie au port de Dar es-Salaam en Tanzanie. En septembre dernier, Pékin a signé un accord de financement de 1,4 milliard USD (environ 1,2 milliard €) avec les deux pays susmentionnés pour moderniser cette voie ferrée d’environ 1 860 km, avec pour objectif d’atteindre une capacité de transport de 3 millions de tonnes de minerais par an.

Plus globalement, il faut noter que l’UE positionne Lobito comme corridor prioritaire dans le cadre de son initiative Global Gateway. Face à une Chine qui a déjà pris de solides ancrages dans la région, notamment dans les infrastructures et les mines, Bruxelles cherche à accroître son apport en matière de financement et de coopération technique. Le bloc veut aussi sécuriser l’accès aux minerais critiques comme le cuivre et le cobalt, incontournables pour la transition énergétique, les batteries électriques et les technologies bas-carbone, afin de réduire sa dépendance aux chaînes d’approvisionnement contrôlées par Pékin.

Selon les données de la Direction générale des entreprises sous tutelle du Ministère français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, les importations de batteries dans l’UE ont atteint 27 milliards d’euros en 2023. 87 % de ces achats provenaient de la Chine, contre moins de 30% en 2015. Au-delà de l’empire du Milieu, les observateurs estiment que l’UE sera aussi confrontée à d’autres acteurs comme les USA et le Japon, qui affichent aussi leurs ambitions concernant les routes stratégiques pour les minerais en Afrique de l’Est et en Afrique australe.

Le pays de l’Oncle Sam a déjà annoncé plus de 4 milliards USD, environ 3,4 milliards d’euros; d’engagements financiers au profit du corridor de Lobito. Fin août 2025, durant la 9ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9), le Japon a dévoilé un investissement de 7 milliards USD, soit environ 6 milliards d’euros en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD) et d’autres partenaires dans le corridor de Nacala, un autre axe stratégique pour le fret minier en Afrique australe.