En 2025, les transferts financiers des migrants égyptiens ont atteint un niveau sans précédent. Selon les données de la Banque centrale, le montant total des envois a atteint 41,5 milliards dollars (35,2 milliards d’euros), soit 40,5% de plus qu’en 2024.
Dans les détails, l’institution financière souligne que le volume mensuel a franchi en décembre, la barre des 3,4 milliards d’euros contre 2,8 milliards d’auros, un an plus tôt à la même période.
Ce nouveau sommet confirme le rebond des transferts de fonds égyptiens, après plusieurs années de recul. Après avoir culminé à 27 milliards d’euros en 2021/2022, les envois étaient tombés sous les 19 milliards € sur les deux exercices suivants, affectés par l’instabilité économique et le décalage entre taux de change officiel et parallèle.
En 2024/2025, ils ont repris de plus belle, bondissant à 31 milliards d’euros. La forte dévaluation de la livre égyptienne et la hausse des taux d’intérêt ont, selon les autorités, réduit l’écart entre marchés formel et informel, poussant la diaspora à rapatrier ses fonds via les circuits bancaires officiels.
Le pays des pharaons est le principal bénéficiaire des transferts de fonds des migrants dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) et figure parmi le top 10 des destinations des remises migratoires parmi les pays à revenu faible et intermédiaire aux côtés de l’Inde, du Mexique, des Philippines, du Pakistan ou du Nigeria.
Une source cruciale de devises étrangères
La montée en puissance enregistrée en 2025 renforce un peu plus le rôle des transferts de la diaspora dans l’apport de devises pour l’Égypte. En 2024, ces envois se sont hissés au troisième rang des recettes étrangères du pays, derrière les exportations et les investissements directs étrangers (IDE), surpassant les revenus du tourisme et du canal de Suez.
Avec une population d’environ 120 millions d’habitants, l’Égypte s’appuie sur une vaste diaspora estimée à près de 14 millions de personnes, principalement installées dans les monarchies pétrolières du Golfe, en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, d’où provient l’essentiel de ces envois.
Ces flux témoignent à la fois du poids démographique de cette communauté et de son rôle croissant dans le financement de l’économie égyptienne.
Amortisseur de chocs
Dans un contexte où l’Égypte s’efforce encore de stabiliser son économie grâce à un soutien massif des bailleurs de fonds internationaux et à une série de réformes monétaires et budgétaires, ces transferts de fonds jouent un rôle crucial au sein de ménages.
Comme dans les autres pays africains, ces remises de fonds financent l’investissement et soutiennent directement la consommation des ménages, en particulier des familles modestes qui dépendent souvent de l’argent envoyé par un proche travaillant à l’étranger pour couvrir leurs dépenses courantes, de l’alimentation à l’éducation en passant par la santé.
D’un point de vue macro-économique, les remises contribuent à renforcer les réserves de change, à réduire les tensions sur la balance des paiements et à atténuer la pression sur la monnaie locale, dans un contexte de déficit de financement externe et de besoin élevé en devises pour les importations essentielles.
Dans cette configuration, les envois de fonds apparaissent comme un matelas financier, capable de compenser partiellement la volatilité des autres revenus externes. À moyen terme, la question centrale sera de savoir si ce niveau record peut être maintenu, voire renforcé, et comment ces flux pourront être mieux orientés vers l’investissement productif.