Le Nigeria commencera à exporter, dès mars 2026, une nouvelle variété de pétrole brut baptisée Cawthorne. L’annonce, faite par la société publique du pétrole (NNPC), s’inscrit dans un contexte de reprise progressive de la production après plusieurs années marquées par l’insécurité dans le delta du Niger et les pertes liées au vol de brut. Les premières cargaisons sont attendues au cours de la troisième semaine de mars.
Avec une densité API de 36,4, le Cawthorne s’inscrit dans la catégorie des bruts légers les plus recherchés, offrant des marges de raffinage élevées similaires à celles du Bonny Light nigérian. Ce positionnement qualitatif lui confère un potentiel commercial substantiel auprès des raffineurs recherchant des bruts faciles à transformer et compatibles aux standards environnementaux européens et américains.
Selon des informations relayées par Reuters, l’américain Exxon Mobil a remporté le premier appel d’offres pour l’exportation du nouveau brut, sans détails sur les volumes contractuels. Pour l’instant, l’essentiel de la production provient de la licence d’exploitation OML 18 et des champs environnants situés dans l’est du delta du Niger, où cette qualité de brut est concentrée. Grâce à l’amélioration de l’offre dans cette partie du bassin, on estime que la production de brut et de condensats du Nigeria pourrait passer à près de 1,7 million de barils par jour pour le reste de l’année.
Un portefeuille de bruts élargi sur un marché international disputé
Le lancement de cette nouvelle variété de brut s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 2023, et caractérisée par l’élargissement progressif du portefeuille pétrolier nigérian. Après le Nembe, puis l’Utapate en 2024, et l’Obodo en 2025, Abuja continue de diversifier son offre afin de mieux se positionner sur les marchés internationaux. L’Utapate issu de la licence OML 13 dans l’État d’Akwa Ibom, a déjà trouvé des débouchés en Espagne et sur la côte Est des États-Unis, illustrant la capacité des nouvelles qualités nigérianes à attirer des acheteurs hors d’Afrique.
Cette stratégie se déploie toutefois dans un environnement commercial plus concurrentiel, notamment en Europe. Les raffineurs se tournent de plus en plus vers des fournisseurs comme le Brésil et le Guyana, ainsi que vers des bruts méditerranéens souvent proposés à des conditions plus compétitives. Cette recomposition du marché motivée par la recherche d’énergies abordables, stables et non russes, exerce une pression accrue sur les exportations traditionnelles de l’Afrique de l’Ouest.
Selon le fournisseur de données maritimes Vortexa, l’Europe était la destination de près de 46 % des exportations nigérianes de brut en 2025, soit environ 588 000 barils par jour (bpj), contre près de 630 000 barils par jour, soit 50 %, en 2024.
Un enjeu de quotas
Cette tendance s’observe alors que le Nigeria se rapproche de son quota de production OPEP+ fixé à 1,5 million de barils par jour. En janvier, la production nationale de brut et de condensat de pétrole s’élevait à 1,48 million bpj. Le géant ouest-africain fait partie des pays qui cherchent désormais à obtenir un relèvement de leur plafond au sein du groupe de producteurs.
Avec le Cawthorne, il parie sur un brut de qualité proche de ses références historiques pour renforcer la valeur de ses exportations et consolider la reprise de ses volumes. Le succès commercial de cette nouvelle variété dépendra toutefois de l’évolution de la demande internationale, notamment en Europe, où la concurrence de bruts alternatifs moins chers reste forte.
L’enjeu est d’ancrer cette progression de la production dans la durée. Il s’agit pour le Nigeria de démontrer à terme sa capacité à sécuriser ses infrastructures, à diversifier son portefeuille de bruts et à soutenir une trajectoire de croissance compatible avec ses ambitions au sein de l’OPEP+ et avec ses objectifs de recettes publiques.