Quelles marques de vêtements vélo sont vraiment durables ? Lesquelles sont fabriquées en Europe ? En fouillant dans les rapports et autres certifications, une experte danoise a récemment cartographié plusieurs marques qui font des efforts concrets en matière de traçabilité, de réparation et de production locale. On vous détaille le résultat de ses recherches ci-dessous. Ça pourrait vous aiguiller à l’achat de votre prochain cuissard…

Une cartographie pour recenser ces marques de vêtements vélo vraiment durables

C’est sur LinkedIn que Bente Arts, consultante danoise en stratégie et innovation textile durable, a publié une carte des marques de vêtements vélo qui, selon elle, « font mieux ». Pas parfaites, mais engagées dans une trajectoire plus durable, plus responsable.

« Il ne s’agit pas de perfection, mais de progrès. Chaque marque figurant sur cette liste fait des choix conscients pour réduire son impact. »

C’est sur LinkedIn que Bente Arts, consultante danoise en stratégie et innovation textile durable, a publié une cartographie des marques de vêtements vélo durables en EuropeC’est sur LinkedIn que Bente Arts, consultante danoise en stratégie et innovation textile durable, a publié une cartographie des marques de vêtements vélo durables en EuropeCartographie des marques de vêtements vélo durables en Europe

Elle ne s’est pas contentée d’aller lire les discours marketing des marques, qui, bien souvent, exagèrent fortement le trait sur ces sujets (#greenwashing). Non, elle s’est fondée sur des informations publiques : rapports d’impact, certifications, politiques de reprise, données de traçabilité. Autrement dit, des documents officiels et des éléments vérifiables.

« Il ne s’agit pas de perfection, mais de progrès. Chaque marque figurant sur cette liste fait des choix conscients pour réduire son impact ; certaines sont simplement plus avancées que d’autres. », précise Bente dans son post.

Il s’agit d’une mise à jour d’une cartographie déjà réalisée précédemment. La liste s’est élargie depuis sa première publication. On y retrouve :

PaysMarquesFranceCafé du Cycliste ; MATCHY CyclingAllemagneVAUDE ; Ryzon ; SYN Global Cycling ClubDanemarkFUSION Sportswear ; Danish Endurance ; Pas Normal StudiosItalieCastelli Cycling ; Q36.5 ; KOSTÜMEAutricheLöfflerSlovaquieIsadore ApparelEspagneGobik ; Tactic SportRoyaume-UniRapha ; Universal Colours ; Cadenzia Cycling ; TICCCSuisseASSOS of SwitzerlandSuèdeCraft SportswearPays-BasVelor

La production est souvent localisée au Portugal, en Italie, en Slovaquie ou en Allemagne. En théorie, cela signifie des normes sociales plus strictes et des distances de transport réduites. Dans tous les cas, fabriquer en Europe ne suffit pas à rendre un produit durable. Mais c’est un indicateur à regarder.

Comme vous pouvez le constater, certaines marques sont établies hors d’Europe. C’est le cas notamment de Velocio (États-Unis (groupe SRAM)) ou de Maap (Australie). Toutefois, elles choisissent vraisemblablement de rapprocher la production de leurs consommateurs finaux (ici, aux Pays-Bas).

Vêtements vélo durables : les critères qui comptent vraiment
© Isadore Apparel

Le terme “durable” est devenu un mot-valise. Pour éviter les raccourcis, il faut entrer dans le détail.

Premier critère : la transparence. Certaines marques publient un rapport d’impact annuel. C’est le cas de Pas Normal Studios, VAUDE, Craft Sportswear, Rapha ou encore MAAP. Ces documents détaillent émissions carbone, objectifs de réduction, provenance des matières. Un bon point de départ.

Deuxième levier : la réparation. Prolonger la durée de vie d’un cuissard ou d’une veste réduit mécaniquement son impact. Certaines marques proposent des services de réparation, voire des garanties étendues. Des marques comme VAUDE (on en parlait ici lors de notre visite) ou Rapha, par exemple, mettent en avant des programmes de reprise et de seconde main.

Le recyclage et la réparation sont dans l'ADN de la marque VAUDELe recyclage et la réparation sont dans l'ADN de la marque VAUDELe recyclage et la réparation sont dans l’ADN de la marque VAUDE

Troisième axe : la circularité. Löffler, Rapha et VAUDE figurent parmi celles qui ont développé des systèmes de collecte ou de reprise. Objectif : éviter que les vêtements techniques finissent trop vite à la poubelle. En revanche, la question du recyclage effectif des fibres synthétiques reste complexe.

Enfin, certaines marques sont certifiées B Corp, comme Café du Cycliste, Isadore Apparel, MAAP, VAUDE ou Velor. Cette certification évalue la gouvernance, l’impact social et environnemental global de l’entreprise. Elle ne valide pas chaque produit individuellement, mais elle donne une indication sur la démarche.

Produit en Europe : un argument à manier avec nuance

L’un des points mis en avant par Bente Arts concerne la fabrication européenne. Beaucoup de marques citées produisent au Portugal ou en Italie, deux pays clés du textile technique. Toutefois, le “Made in Europe” n’est pas un label miracle. C’est un paramètre parmi d’autres.

© Velor

Mais l’avantage est double. D’un côté, des réglementations sociales et environnementales plus encadrées qu’en Asie. De l’autre, une réduction théorique des distances logistiques pour le marché européen.

Bien que cela aille dans le bon sens, produire en Europe ne règle pas tout. L’origine des matières premières, souvent synthétiques, reste mondiale. Le polyester recyclé, par exemple, provient majoritairement de filières internationales. De plus, la question énergétique des usines varie selon les pays.

Les angles morts : fin de vie, carbone et fibres synthétiques

L’analyse de Bente Arts met aussi en lumière les limites du secteur. Beaucoup de marques communiquent sur des certifications matière, comme le polyester recyclé. En revanche, peu publient une empreinte carbone complète couvrant l’ensemble du cycle de vie.

© ASSOS of Switzerland

Mesurer l’impact total, de la fibre à la fin de vie, reste un défi technique mais également méthodologique. La fin de vie des textiles techniques constitue l’autre point sensible. Les vêtements vélo sont souvent composés de mélanges de fibres. Cela complique leur recyclage. Les solutions industrielles existent, mais elles sont encore limitées en volume.

Enfin, la transparence totale de la chaîne d’approvisionnement demeure rare. Même les marques les plus avancées peinent à tracer chaque étape, notamment en amont des fournisseurs de matières.

Digital Product Passport : vers plus de transparence dans les vêtements vélo ?

Le contexte réglementaire européen pourrait accélérer les choses. Le futur Digital Product Passport, prévu dans le cadre du règlement européen sur l’écoconception des produits durables, vise à rendre les informations produit plus accessibles et comparables.

Concrètement, cela pourrait signifier, à terme, des données standardisées sur l’empreinte carbone, la réparabilité ou la composition. Pour les consommateurs, ce serait un outil d’aide à la décision un peu plus fiable que les slogans des marques.

En attendant, la meilleure stratégie reste pragmatique : acheter moins, choisir des marques transparentes, privilégier la réparation et faire durer ses équipements.

La neutralité parfaite n’existe pas

Tout bien considéré, aucune marque ne peut aujourd’hui prétendre à une neutralité parfaite. Le textile technique reste dépendant de fibres synthétiques et d’une industrie mondiale complexe.

© Q36.5

En revanche, certaines entreprises font des efforts mesurables : publication de rapports, programmes de reprise, fabrication européenne, certifications indépendantes. Ce sont ces signaux qu’il faut apprendre à lire.

Bon à savoir

Selon la Commission européenne, le textile est le 4ᵉ secteur ayant le plus d’impact environnemental et climatique dans l’UE, après l’alimentation, le logement et la mobilité.
En Europe, un citoyen consomme en moyenne 26 kg de textiles par an et en jette environ 11 kg.
Un vêtement en polyester peut générer entre 5 et 15 kg de CO₂ selon sa complexité et son cycle de vie.
Les textiles synthétiques seraient responsables d’environ 35 % des microplastiques primaires présents dans les océans (source IUCN).
Moins de 1 % des textiles sont recyclés en nouveaux vêtements (source Ellen MacArthur Foundation).

Se poser les bonnes questions

Le vêtement vélo durable ne se résume pas à une matière recyclée. Avant d’acheter votre prochain cuissard, posez-vous quelques questions simples :

La marque publie-t-elle un rapport d’impact ?
Propose-t-elle un service de réparation ?
Existe-t-il un programme de reprise ou de seconde main ?
La production est-elle localisée en Europe ?
Les objectifs environnementaux sont-ils chiffrés et datés ?

© Café du Cycliste

Certes, c’est moins glamour et sexy que de simplement considérer couleurs ou design. Cela ne rendra pas votre tenue totalement neutre en carbone non plus. Mais c’est tout de même mieux que d’aller acheter une tenue vélo produite à bas coût à l’autre bout du monde.

Bien évidemment, il y a aussi une histoire de budget à considérer. Qui dit marques de vêtements vélo durables, dit tarifs élevés. Toutefois, si votre cuissard tient cinq saisons au lieu de deux, son impact n’en sera que plus diminué.

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