Selon le rapport du GECF, l’Algérie est le seul des cinq principaux fournisseurs par pipeline en Europe à avoir enregistré une hausse mensuelle de ses volumes en janvier 2026, avec une progression de 22% par rapport à décembre 2025.

Un ledership algérien face aux défis

Sa part dans les importations européennes par gazoduc atteint 22%, ce qui la place au deuxième rang derrière la Norvège, qui représente 58% des flux, et devant la Russie, l’Azerbaïdjan et la Libye. Cette évolution intervient alors que la demande européenne de gaz a augmenté de 10 % en glissement annuel en janvier, pour atteindre 47 milliards de mètres cubes, dans un contexte de températures hivernales plus rigoureuses que l’an dernier. Le rapport indique également que le niveau moyen de remplissage des stocks de gaz de l’Union européenne est tombé à 51 % de la capacité fin janvier 2026, contre un niveau plus élevé à la même période en 2025.

A noter que ce leadership algérien qui se renforce sur le marché gazier européen, doit faire face à la concurrence du gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par voie maritime, depuis les USA principalement. L’Europe a ainsi importé 44 millions de tonnes de GNL, soit l’équivalent de 59,74 milliards de mètres cubes, un volume cinq fois supérieur à celui acheminé par les gazoducs. Toutefois, le marché européen n’est pas uniforme : dans certains pays comme la France ou l’Espagne, la part du gaz importé par navire a reculé au profit des approvisionnements par pipeline.

La contraction des réserves européennes, combinée à la hausse de la demande, a contribué à une tension accrue sur les marchés, le prix de référence TTF aux Pays-Bas atteignant en moyenne 12 dollars par million de BTU en janvier, en hausse de 27 % sur un mois.

La bataille Maroc-Algérie pour les gazoducs futurs

Les flux algériens vers l’Europe transitent principalement par les gazoducs Transmed, reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, et Medgaz, reliant directement l’Algérie à l’Espagne. La capacité nominale de Transmed est estimée à 33,5 milliards de mètres cubes par an, tandis que celle de Medgaz est de 10,5 milliards de mètres cubes. L’Italie demeure le principal débouché du gaz algérien en Europe, et les importations italiennes d’Algérie ont progressé sur un an, selon les données du GECF.

Cette performance mensuelle s’inscrit dans une dynamique plus large observée en 2025, année au cours de laquelle l’Algérie a maintenu une part moyenne d’environ 20 % des importations européennes par gazoduc. Les autorités algériennes ont annoncé un programme d’investissements de l’ordre de 60 milliards de dollars sur la période 2026-2030 afin d’augmenter la production nationale, actuellement estimée à environ 100 milliards de mètres cubes par an, avec un objectif compris entre 130 et 140 milliards de mètres cubes à l’horizon 2030. Ces investissements doivent porter à la fois sur l’exploration, le développement de nouveaux champs gaziers dans le sud du pays et l’optimisation des infrastructures existantes.

Contexte concurrentiel

Parallèlement à l’augmentation de sa propre production, l’Algérie cherche à renforcer son rôle de pays de transit du gaz africain à destination de l’Europe.

Le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), qui doit relier le Nigeria à l’Algérie via le Niger, a fait l’objet de nouvelles annonces officielles ce mois de février 2026. À l’issue d’une rencontre entre les autorités algériennes et nigériennes, il a été indiqué que les procédures pratiques de pose du pipeline sur le territoire nigérien devraient commencer après le mois de Ramadan.

Le TSGP, long d’environ 4128 kilomètres, comprend un tronçon de 1037 kilomètres au Nigeria, de 841 kilomètres au Niger et de 2310 kilomètres en Algérie. Selon les données communiquées par les parties prenantes, près de 60 % du tracé reposerait sur des infrastructures déjà existantes en Algérie et au Nigeria, le segment nigérien constituant le principal chantier à réaliser. La capacité prévue du gazoduc est de 30 milliards de mètres cubes par an, pour un coût estimé à environ 13 milliards de dollars. Le capital du projet est réparti entre la compagnie nigériane NNPC et Sonatrach, qui détiennent ensemble 90 %, et la société nigérienne SONIDEP, qui en détient 10%.

Les autorités des trois pays concernés ont réactivé les mécanismes de coordination technique et politique, notamment par des réunions ministérielles tripartites et la mise à jour des études de faisabilité confiées à des cabinets spécialisés.

Ce projet s’inscrit dans un environnement concurrentiel marqué par l’existence du Nigeria-Morocco Gas Pipeline, également appelé African Atlantic Gas Pipeline, qui prévoit un tracé le long de la façade atlantique ouest-africaine jusqu’au Maroc, avant une éventuelle connexion au marché européen. Ce corridor, plus long et impliquant un plus grand nombre d’États, fait lui aussi l’objet d’avancées institutionnelles et de recherches de financements, dans un contexte où le Nigeria cherche à diversifier ses voies d’exportation pour valoriser ses importantes réserves gazières.

Dans l’immédiat, les données du début de l’année 2026 confirment le rôle central de l’Algérie dans l’approvisionnement par pipeline du marché européen. L’évolution des flux au cours des prochains mois, la concrétisation des investissements annoncés et l’avancement effectif des projets d’infrastructures détermineront la portée structurelle de cette dynamique.