Le groupe Pictet, basé à Genève, a ouvert un bureau de représentation en Afrique du Sud, après avoir obtenu l’autorisation de la Prudential Authority de la South African Reserve Bank. L’annonce, relayée par plusieurs médias locaux, marque la première implantation du groupe sur le continent africain.
Fondée en 1805 et spécialisée dans la gestion de fortune, la gestion d’actifs et les services liés aux fonds d’investissement, la banque privée gérait 813 milliards d’euros d’actifs à fin décembre 2025 et disposait de 31 bureaux de représentation dans le monde. Cette installation s’inscrit dans une stratégie d’expansion vers les marchés émergents et dans le renforcement de sa présence sur les grandes places financières internationales.
L’Afrique du Sud, épicentre de la richesse privée africaine
Le choix sud-africain repose avant tout sur le poids structurel de la richesse privée du pays. Selon l’Africa Wealth Report 2025 publié par Henley & Partners, l’Afrique du Sud comptait 41 100 millionnaires en dollars en 2025, soit 34% des millionnaires du continent, devant l’Égypte, le Maroc, le Nigeria et le Kenya. Ensemble, ces cinq marchés concentrent 63% des millionnaires africains et 88% des milliardaires en dollars.
Johannesburg apparaît comme la ville la plus riche d’Afrique avec 11 700 millionnaires, tandis que Le Cap en compte 8 500. À l’échelle continentale, le rapport anticipe par ailleurs une progression de 65 % du nombre de millionnaires africains au cours des dix prochaines années, confirmant l’émergence d’un marché de la gestion patrimoniale en forte expansion.
Dans ce contexte, l’arrivée de Pictet vise à accompagner la montée en puissance d’une clientèle fortunée composée d’entrepreneurs, de familles patrimoniales et d’investisseurs internationaux actifs en Afrique. Le groupe anticipe une hausse de la demande en gestion de patrimoine structurée, en conseil financier, en solutions d’investissement et en services transfrontaliers.
Au-delà du poids de la richesse privée, l’attractivité du pays repose aussi sur la profondeur de son écosystème financier. L’Afrique du Sud dispose de l’un des systèmes financiers les plus développés du continent, adossé à une économie, dont le PIB dépasse 443 milliards de dollars, et à des marchés de capitaux structurés, largement intégrés aux flux financiers internationaux.
Le secteur bancaire y est dominé par de grands groupes à dimension régionale et globale — Standard Bank, FirstRand, Absa, Nedbank et Capitec — qui concentrent l’essentiel des actifs du système et disposent d’opérations dans plusieurs juridictions africaines et internationales. Cette structuration renforce la sophistication des services financiers disponibles, notamment dans la banque d’investissement, la gestion d’actifs et la banque privée.
Le pays s’appuie en outre sur la Bourse de Johannesburg (JSE), première place financière d’Afrique en matière de capitalisation et de liquidité, ainsi que sur un cadre réglementaire jugé relativement robuste et aligné sur les standards internationaux. Ces éléments consolident le positionnement de l’Afrique du Sud comme principal hub financier du continent et comme porte d’entrée stratégique pour les gestionnaires de fortune internationaux cherchant à structurer, internationaliser et capter les flux de capitaux africains.
Recomposition du marché africain de la gestion de fortune
Au-delà de l’ouverture d’un bureau de représentation, cette implantation traduit une tendance plus large : l’intérêt croissant des grandes banques privées internationales pour le marché africain de la gestion de patrimoine, porté par la montée rapide des fortunes privées et l’internationalisation des actifs africains.
Ces dernières années, plusieurs acteurs globaux ont renforcé leurs dispositifs dédiés au continent, souvent via des hubs comme Londres, Genève, Dubaï ou Johannesburg, afin de servir une clientèle africaine fortunée disposant d’actifs transfrontaliers. Dès 2018, Julius Bär, le numéro un suisse de la gestion de fortune, avait ouvert son premier bureau de représentation en Afrique du Sud. De plus, des groupes internationaux comme JPMorgan ou Standard Chartered ont accru leur présence sur des marchés clés tels que l’Afrique du Sud, le Nigeria ou le Kenya, avec un intérêt croissant pour la banque privée, l’asset management et les services aux clients à haute valeur nette.
En se positionnant localement, Pictet pourra donc capter une part des flux liés à la création de richesse en Afrique australe et accompagner la structuration d’actifs souvent détenus entre plusieurs juridictions. Cette présence marque ainsi une nouvelle étape dans l’internationalisation du groupe suisse, tout en illustrant la montée en attractivité des marchés africains à forte concentration de capitaux privés, dans un environnement où la gestion de fortune devient un segment stratégique du développement des services financiers sur le continent.