Confrontée à un ralentissement de la demande mondiale et à une concurrence internationale exacerbée, l’industrie sidérurgique marocaine évolue dans un environnement marqué par une surcapacité persistante. Alors que l’écart entre capacités installées et consommation effective atteint près de 180 millions de tonnes à l’échelle mondiale, la pression sur les prix et les marges s’intensifie, posant la question du positionnement stratégique du Maroc dans un marché saturé.
Le Maroc est confronté à une équation délicate dans un contexte international marqué par une surcapacité persistante de l’industrie sidérurgique. D’après les dernières données du Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques, l’écart entre la capacité de production mondiale et la demande effective a atteint 179,6 millions de tonnes au troisième trimestre 2025. Ce niveau, en hausse de 1,4 % par rapport à la même période de l’année précédente, confirme l’enracinement d’un déséquilibre structurel qui pèse sur l’ensemble de la filière.
Une demande en berne
Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’ampleur de cet écart, il ne résulte pas d’une vague d’investissements massifs ni de l’ouverture de nouvelles unités industrielles. Les capacités installées sont restées globalement stables.
Le phénomène tient d’abord à l’affaiblissement de la demande mondiale, dans un contexte de ralentissement économique et de moindre dynamisme des secteurs consommateurs d’acier, au premier rang desquels la construction et l’automobile. La production mondiale d’acier brut a légèrement reculé, mais cette contraction n’a pas suffi à résorber le déséquilibre.
Dans le même temps, les exportations ont progressé. Au troisième trimestre 2025, elles ont représenté 27,8 % de la production totale. Ce niveau traduit une dépendance accrue des producteurs aux débouchés extérieurs, les marchés domestiques absorbant des volumes moindres. L’internationalisation des flux devient ainsi un mécanisme d’ajustement, au prix d’une intensification de la concurrence. Les prix reflètent cette tension.
En 2025, les prix à l’exportation des produits plats ont diminué en moyenne de 6,7 %. Le rapport souligne également un écart significatif entre les membres du forum et les économies caractérisées par une surcapacité structurelle. Les prix pratiqués par les premiers demeurent environ 1,7 fois supérieurs à ceux observés en Chine, ce qui alimente les tensions commerciales et renforce les différentiels de compétitivité.
Le revers de la médaille
Dans ce paysage mondial fragmenté, l’Afrique apparaît comme un terrain de concurrence accru. Toujours à la même période, les importations en provenance d’économies en situation de surcapacité, ont représenté 20,5 % de la demande régionale d’acier. Cette proportion souligne la pression exercée sur les producteurs locaux, confrontés à des produits importés à des conditions tarifaires souvent plus agressives. Le Maroc n’échappe pas à cette dynamique. Le pays figure, selon le forum, parmi ceux où la capacité sidérurgique installée excède la demande intérieure.
Cette situation s’inscrit dans un contexte où la Chine demeure un fournisseur majeur de produits sidérurgiques, aux côtés de la Turquie et de plusieurs pays européens. La concurrence touche en particulier les produits plats ainsi que certains produits semi-finis destinés à la transformation industrielle.Pour les opérateurs marocains, la combinaison de prix internationaux en baisse et d’un écart structurel de coûts face aux grands producteurs asiatiques exerce une pression directe sur les marges.
Le marché domestique, malgré les besoins liés aux infrastructures et au bâtiment, ne présente pas une trajectoire de croissance suffisante pour absorber l’ensemble des capacités existantes et compenser les pertes de compétitivité-prix. Face à cette situation, les autorités marocaines ont activé des instruments de défense commerciale. Des enquêtes antidumping ont été ouvertes en octobre 2024 visant certaines importations, notamment en provenance de Chine.
À l’échelle mondiale, 64 nouvelles procédures de défense commerciale ont été engagées au cours des neuf premiers mois de l’année 2025, principalement des mesures antidumping. Le forum observe toutefois que les volumes concernés restent modestes au regard de l’ampleur du commerce mondial d’acier, ce qui limite l’impact systémique de ces dispositifs.
Au-delà des ajustements conjoncturels, la question posée est celle du modèle de développement de la sidérurgie marocaine. L’absorption progressive des capacités par la demande locale suppose une accélération durable des investissements et de l’activité industrielle. À défaut, les producteurs devront renforcer leurs positions à l’exportation et approfondir leur intégration régionale pour rééquilibrer leurs débouchés.
Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO