En Tanzanie, le temps est à la mobilisation pour le secteur sucrier. Selon les propos tenus le 23 février par Kitila Mkumbo, le ministre en charge de la Planification et de l’Investissement, dernier, le gouvernement cherche actuellement à attirer davantage de capitaux privés en provenance d’investisseurs étrangers ou locaux, pour augmenter les capacités de production de l’industrie nationale.
Un nouveau statut d’exportateur encore fragile
Cette déclaration est à inscrire dans un contexte où la filière tanzanienne a exporté 85 000 tonnes de sucre en 2025. Si ce volume reste réduit, comparé à celui d’autres fournisseurs régionaux, il s’agit néanmoins d’un fait inédit pour le pays est-africain. Selon les données du Conseil du sucre (Sugar Board of Tanzania-SBT), la production nationale a franchi pour la première fois le cap des 600 000 tonnes, permettant de combler les besoins nationaux estimés à environ 550 000 tonnes, et de générer 72 millions USD (environ 61,15 millions d’euros) via les ventes.
Si cette performance vient éloigner un peu plus les mauvais souvenirs d’une filière qui, des décennies durant, a bataillé avec des pénuries récurrentes d’approvisionnement, elle reste à confirmer dans la durée, car l’industrie sucrière tanzanienne s’est caractérisée ces dix dernières années par une instabilité chronique. D’après un rapport du ministère de l’Agriculture, la production de cette denrée de base a évolué en dents de scie depuis 2014/2015, sur fond de difficultés allant de la dépendance aux aléas climatiques aux faiblesses des infrastructures.
Après avoir atteint un volume prometteur de 304 000 tonnes cette année-là, l’offre n’a finalement atteint le cap des 400 000 tonnes qu’en 2022/2023, avant de replonger sous ce seuil l’année suivante, stimulant des importations depuis le Brésil, les Émirats arabes unis, l’Inde, l’Arabie saoudite et la Thaïlande.
Des efforts à accélérer
Les investissements attendus doivent soutenir le développement de la filière à moyen et long terme pour répondre à la demande croissante tirée par la hausse démographique. Premier exportateur de maïs et de riz de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), le pays jouit d’un cycle de croissance de la canne à sucre d’environ 12 mois, plus court qu’en Ouganda (18 mois) et au Kenya (24 mois), ce qui permet des rotations plus rapides.
Avec un meilleur encadrement technique des producteurs, des investissements dans le drainage et l’irrigation, un meilleur accès au financement pour les petits planteurs, l’amélioration des voies d’accès et une modernisation continue des équipements industriels, la Tanzanie peut tirer pleinement parti de son potentiel en terres arables favorables à la culture de la plante sucrière.
Ces dernières années, les acteurs locaux ont commencé à consolider leur position dans le secteur. La Kilombero Sugar Company (KSC), premier producteur de sucre du pays, détenue à 75% par le géant sud-africain Illovo Sugar Africa et à 25% par le gouvernement tanzanien, a annoncé en 2021 un projet d’extension de son usine de la région de Morogoro pour un coût de 571,6 milliards de shillings (environ 189,3 millions d’euros). L’objectif est de faire passer la production annuelle d’environ 127 000 tonnes à 271 000 tonnes. Cette montée en capacité doit s’appuyer sur une forte augmentation de l’approvisionnement en canne, qui passerait de 600 000 t actuellement à 1 700 000 t.
Plus récemment en novembre 2025, la Tanzania Plantation Company (TPC Limited) a annoncé un investissement de 52 millions USD (environ 44,1 millions d’euros) pour moderniser ses opérations et produire de l’éthanol.