La société émiratie MJM Investments a transmis la semaine dernière une proposition d’environ 3,5 milliards de dollars (2,96 milliards d’euros) pour l’acquisition des actifs de la raffinerie Samir, en liquidation judiciaire depuis 2016. L’offre a été officiellement transmise au président du tribunal de commerce de Casablanca, dans le cadre de la procédure de recherche d’un repreneur. Le montant annoncé figure parmi les plus élevés jamais soumis depuis l’ouverture des appels à concurrence sur ce dossier.

Basée à Dubaï, MJM Investments se présente comme une société d’investissement active dans le private equity, l’immobilier et les actifs financiers, soutenue par des actionnaires issus des milieux d’affaires émiratis et internationaux.

Cette proposition est assortie d’une condition déterminante. L’investisseur exige un accès complet au site de Mohammedia afin de mener une expertise technique exhaustive des unités de production, des infrastructures de stockage et des installations annexes. L’objectif est d’évaluer l’état réel des équipements après plusieurs années de suspension d’activité et d’estimer les investissements nécessaires pour une remise en service conforme aux normes industrielles et environnementales en vigueur.

Liquidation judiciaire et basculement vers les importations

La raffinerie Samir a cessé toute activité en août 2015 à la suite d’un endettement supérieur à 3,7 milliards d’euros. Le tribunal de commerce de Casablanca a prononcé sa liquidation judiciaire le 21 mars 2016, tout en autorisant la poursuite administrative de l’entreprise sous la supervision d’un syndic. La majorité du capital, soit 67 %, appartient à Corral Petroleum Holdings AB, détenue par l’homme d’affaires saoudien Mohammed Al Amoudi, acquéreur de l’usine lors de la privatisation de 1997. Des déséquilibres financiers prolongés et une crise aiguë de liquidité ont conduit à l’arrêt définitif de l’outil industriel.

Depuis la liquidation judiciaire, le tribunal renouvelle trimestriellement l’autorisation de poursuite administrative afin de maintenir la possibilité d’une cession globale et d’éviter le démantèlement du site. En 2023, un appel d’offres international a suscité quinze propositions comprises entre 1,5 et 2,3 milliards d’euros. La nouvelle offre émiratie dépasse ces montants, sous réserve des conditions techniques et juridiques.

Avant sa fermeture, la raffinerie avait une capacité de 200 000 barils par jour et elle couvrait près de 65 % de la demande nationale en carburants. Depuis sa mise hors service, le Maroc dépend entièrement des importations de produits raffinés. Cette situation expose le pays aux marges internationales de raffinage et aux fluctuations des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Elle prive également l’État d’un instrument clé pour piloter sa politique énergétique et constituer des stocks stratégiques. Son arrêt a entraîné la perte d’environ 1 000 emplois directs et près de 5 000 emplois indirects, notamment dans la sous-traitance et les services.

Si elle se concrétise, l’opération de rachat ouvrirait la voie à la reconstitution d’un outil industriel stratégique et relancerait un pôle économique majeur à Mohammedia. À défaut, le royaume demeurerait sans capacité nationale de raffinage, avec des effets durables sur sa sécurité énergétique et sa balance commerciale.

La proposition de MJM doit être examinée vendredi prochain par le tribunal de commerce de Casablanca, selon le journal économique marocain Médias24, qui cite des sources judiciaires.