Cinquante-quatre pays, plus d’un milliard d’habitants et des milliers d’opportunités à bâtir. L’Afrique est dans le viseur de certaines grandes puissances depuis plusieurs décennies. La Chine a construit une véritable stratégie autour des relations qu’elle entretient avec les autorités de plusieurs pays. Pékin est aujourd’hui le premier partenaire économique du continent. Elle y a construit des infrastructures clés pour tenter de se rendre indispensable. Mais le Kremlin essaie de reprendre du terrain.

Si l’URSS était impliquée dans le processus de décolonisation des pays africains dans les années 1960, la chute du bloc soviétique a ralenti ce soutien. Mais la guerre en Ukraine a, dès février 2022, rebattu les cartes, explique Bloomberg.

La Russie a réussi à imposer sa religion dans 34 pays d’Afrique

Alors qu’elle venait d’envahir l’Ukraine, compliquant ainsi le commerce de blé et autres graines, la Russie a fait des donations de céréales et d’engrais à certains pays africains. Mais le Kremlin ne s’est pas arrêté là. Vladimir Poutine a créé un bureau chargé des interactions avec les nations qui l’intéressent. Une nouvelle stratégie d’influence qui se voit aussi sur le plan culturel et religieux. La Russie a fait ouvrir 7 centres linguistiques et culturels sur le continent. Plus de 32 000 étudiants africains sont aujourd’hui inscrits dans une université russe.

Mais ce que l’on attendait peut-être moins, c’est la force grandissante de l’Église russe orthodoxe en Afrique. En moins de trois ans, 30 pays ont vu le culte s’implanter. On compte aujourd’hui 350 paroisses de cette obédience sur le continent. Une implantation rapide rendue possible parce que l’Église orthodoxe a attiré des prêtres locaux avec de bons salaires, la promesse de la construction d’églises et des promotions rapides. S’il est difficile de savoir combien d’Africains sont effectivement devenus des fidèles, certains endroits, notamment parmi les populations afrikaans d’Afrique du Sud, semblent avoir largement adopté ces traditions.

Un dieu et des soldats armés par le Kremlin

Passer par l’Église pour asseoir le pouvoir russe en Afrique est une idée réfléchie. « Ce sont les leaders religieux qui ont encore le plus la confiance et le respect des populations, puisque la religion a une place centrale dans la politique, les élections et les questions de développement. L’utilisation de la religion pour entrer en Afrique est une forme idéale de soft power russe », explique Père Evangelos Thiani, prêtre kényan pour l’Église orthodoxe grecque.

Cette influence religieuse n’est toutefois pas utile dans le recrutement de soldats pour se battre en Ukraine. Pour pousser des Africains à venir sur le front ou à participer à la fabrication de drones, les Russes utilisent d’autres leviers. Selon plusieurs ONG, des centaines de ressortissants africains ont été emmenés en Russie sous de faux prétextes et poussés à se battre. En Afrique du Sud, Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l’ex-président Jacob Zuma, est accusée d’avoir participé à ces recrutements. D’autres investigations sont en cours au Botswana et au Lesotho pour tenter de comprendre comment leurs ressortissants se sont retrouvés en Russie, les armes à la main.