Les installations solaires ont bondi de 54% en un an sur le continent africain. Cette croissance spectaculaire pourrait permettre à des centaines de millions de personnes d’accéder à l’électricité. Mais des obstacles financiers et politiques freinent encore le déploiement massif du photovoltaïque.
L’Afrique connaît une accélération sans précédent dans le domaine de l’énergie solaire. Selon un rapport du Global Solar Council publié début février, le nombre d’installations photovoltaïques a augmenté de 54% en 2025 par rapport à l’année précédente.
Cette progression intervient dans un contexte où près de 600 millions de personnes vivent sans accès à l’électricité. Les zones rurales d’Afrique subsaharienne sont particulièrement touchées.
Quatre pays en tête, d’autres suivent
La croissance se concentre principalement sur quatre pays. L’Afrique du Sud (1,6 GW) arrive largement en tête, suivie du Nigeria (803 MW), de l’Égypte (500 MW) et de l’Algérie (400 MW). Ces quatre nations réunissent les trois quarts des nouvelles installations.
D’autres pays aux économies plus modestes se lancent également dans l’aventure solaire. Le Maroc, la Zambie, la Tunisie, le Botswana et le Ghana développent leurs capacités. Le Cameroun vise à multiplier par 8 sa capacité de production solaire d’ici 2030, pour passer de 30,6 MW à 250 MW.
« On est obligé d’importer du matériel venant d’Europe ou de Chine. Le gouvernement nous a aidé en allégeant les procédures douanières
Adrien Désiré Sibé, responsable de projet chez African Solar Generation
« Au Cameroun, notre énergie n’est pas forcément très stable. Ce que nous proposons, c’est de compenser ce manque d’énergie », explique Adrien Désiré Sibé à Dong, responsable de projet chez African Solar Generation, une entreprise camerounaise et suisse, dans l’émission Tout un monde.
Le gouvernement camerounais soutient cette dynamique. « On est obligé d’importer du matériel venant d’Europe ou de Chine. Le gouvernement nous a aidé en allégeant les procédures douanières », précise Adrien Désiré Sibé à Dong.
Des solutions adaptées à tous les besoins
L’énergie solaire alimente différents types de clients. Au Cameroun, des entreprises, des administrations, des fermes, des écoles ou des musées s’équipent. Dans les économies les plus fortes du continent, le solaire dessert des populations plus larges.
« Il y a les sociétés nationales d’électricité qui construisent des centrales solaires. Il y a aussi des producteurs indépendants comme nous qui vendent leur production à ces sociétés. Et puis il y a les projets purement privés », détaille Gilles Parmentier, fondateur d’Africa Ren, joint à Mombasa au Kenya.
Au Nigeria, la consommation privée domine. Les industriels et les particuliers installent des panneaux solaires pour leur propre usage.
Pour les zones isolées, des solutions modulaires se développent. « Le solaire permet d’aller de la toute petite installation pour des habitations en zone rurale, jusqu’à des très grands champs solaires qui alimentent les lignes à haute tension », souligne Gilles Parmentier.
Un potentiel énorme, une réalité encore limitée
L’Afrique réunit tous les atouts pour le solaire. Du soleil en abondance, de grands espaces inexploitables pour l’agriculture, et une énergie moins chère que le diesel, le charbon ou le gaz.
Pourtant, le solaire ne couvre aujourd’hui que 3% du mix énergétique total du continent.
Le stockage constitue la première difficulté. Les progrès dans les batteries permettent toutefois de compenser progressivement une production limitée aux heures d’ensoleillement.
Le coût du capital pour investir en Afrique reste trois ou quatre fois plus élevé qu’en Europe
Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine
L’instabilité politique et économique de certains pays africains représente un frein majeur. « Ce sont des projets qui s’amortissent sur 20 à 25 ans. Quand on vend l’électricité à la société nationale, on prend le risque sur un client unique étatique, sur des durées très longues », explique Gilles Parmentier.
Ce risque se traduit dans le coût du financement. « Le coût du capital pour investir en Afrique reste trois ou quatre fois plus élevé qu’en Europe », précise Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine.
Un paradoxe émerge. L’énergie solaire est la technologie la moins chère à produire, mais la plus chère à financer en Afrique.
La Chine, accélérateur de la révolution solaire
L’effondrement du prix des panneaux solaires chinois change la donne. Les entreprises et les familles africaines se les arrachent, révèle le New York Times.
« Le développement parfois peu régulé de différentes technologies en Chine conduit à des surcapacités considérables dont l’Afrique est en train de profiter », analyse Patrice Geoffron. Il évoque « une sorte de diplomatie du photovoltaïque qui est en train d’émerger ».
La Chine combine sa présence économique en Afrique avec l’exportation de ses panneaux solaires. Des partenariats qui lui permettent par exemple, d’accéder à des ressources minières et agricoles à des tarifs préférentiels.
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Cédric Guigon