Sur le continent africain environ 11,7 milliards d’euros ont été investis dans la transition énergétique en 2025. C’est ce que révèle le rapport « Africa’s Power and Energy Transition Investment Report 2025 » publié le mardi 17 février par Electron Intelligence. Selon le cabinet, la quasi-totalité de cette enveloppe, soit 98,3%, a été absorbée par des projets d’énergies propres, principalement dans le segment production (centrales solaires, éoliennes, hydroélectriques, projets gaziers à moindre intensité carbone, etc.).
Ce segment a capté environ 6,9 milliards d’euros, soit trois fois plus que les programmes de réforme des secteurs électriques et de renforcement des services publics (2 milliards d’euros). Les investissements dans les réseaux de transport et de distribution se sont chiffrés à 1,3 milliard d’euros, tandis que ceux dans le stockage et la flexibilité restent encore modestes, avec 564 millions d’euros.
Des investissements qui reposent sur la dette
Globalement, Electron Intelligence souligne que le financement des projets s’est d’abord appuyé sur la dette. Ce schéma de financement a représenté 7,6 milliards d’euros, loin devant les capitaux propres (2,1 milliards d’euros), les subventions (991 millions d’euros), les garanties (556,5 millions d’euros) et les financements mixtes (387 millions d’euros).
Derrière ces chiffres d’ensemble qui correspondent à 306 transactions réalisées en 2025, les auteurs soulignent que les investisseurs ont privilégié la bancabilité à la taille du portefeuille du projet. En d’autres termes, les capitaux se sont dirigés vers les transactions présentant des contrats d’achat clairs, un schéma bien défini de répartition des risques et un haut niveau de préparation opérationnelle, notamment lorsque des structures de plateformes ou de programmes récurrents contribuaient à réduire les difficultés de mise en œuvre.
« En Afrique, l’histoire des investissements en 2025 ne s’est pas jouée sur celui qui annonçait le plus de capacité, mais sur celui qui savait structurer des opérations réellement bancables » explique Joseph Ibeh, directeur général d’Electron Intelligence (EI).
Dans l’ensemble, les grands partenaires au développement figurent en tête des pourvoyeurs de fonds. La Banque africaine de développement (BAD) arrive en première position avec 1,5 milliard d’euros, devant le Groupe de la Banque mondiale (881 millions d’euros), le sud-africain Standard Bank (661 millions d’euros) et l’Union européenne (673 millions d’euros). Dix marchés ont capté 8,3 milliards d’euros, soit 73% des montants. L’Afrique du Sud (1,8 milliard d’euros), l’Égypte (1,6 milliard d’euros), le Nigeria (1,5 milliard d’euros) et le Maroc (1,1 milliard d’euros) viennent en tête, suivis de quelques pays offrant des projets de taille significative et des cadres réglementaires jugés relativement fiables.
Une dynamique encore loin du potentiel
Ces chiffres restent néanmoins encore très en deçà des besoins du continent africain, où plus de 600 millions de personnes restent privées d’un accès fiable à l’électricité. Rapportés aux 1 949 milliards d’euros investis la même année dans la transition énergétique au niveau mondial, selon BloombergNEF, les 11,7 milliards d’euros en Afrique ne représentent que 0,6% des flux globaux. Cela illustre une transition à plusieurs vitesses, avec les grandes économies industrialisées qui absorbent l’essentiel des capitaux pour décarboner des systèmes déjà bien établis, et des pays africains qui peinent encore à financer les infrastructures de base, en dépit de l’importance de leurs potentiels solaires et éoliens.
Selon les analystes, si le critère de bancabilité mis en avant par le rapport avantage les investisseurs, il pourrait laisser sur le côté des pays où les besoins en miniréseaux, en solutions solaires décentralisées et en électrification rurale sont considérables. Faute de garanties publiques, de cadres réglementaires stables et de capacités institutionnelles, ces solutions attirent encore relativement peu d’investissements, alors même qu’elles offrent en plus un potentiel important de création d’emplois locaux dans la construction, l’exploitation et la maintenance des installations.