En Afrique, un afflux massif de capitaux vers les infrastructures pourrait accélérer la transformation économique au cours des 15 prochaines années. C’est ce que conclut l’édition 2025 du rapport « Dynamiques du développement en Afrique », publié fin novembre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission de l’Union africaine (CUA).

Selon le document, la région pourrait effectivement doubler son PIB d’ici 2040 si les investissements atteignent 133 milliards d’euros par an, soit presque le double du niveau actuel (83 milliards de dollars). Bien que ce montant reste conséquent — environ 5,6% du PIB africain — l’OCDE et la CUA estiment que les enjeux justifient cet effort. Les auteurs rappellent notamment que deux Africains sur cinq n’ont toujours pas accès aux infrastructures de base, en particulier l’électricité.

Par ailleurs, un tel volume d’investissement dans des infrastructures de qualité dans le transport, les télécommunications, l’eau et l’énergie permettrait au continent de dépasser l’objectif de croissance annuelle de 7 % fixé dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Mieux gérer les risques pour attirer le secteur privé

En partant d’un niveau annuel de 155 milliards de dollars, le rapport estime que 2 480 milliards de dollars seraient nécessaires d’ici 2040 pour « amener les infrastructures des économies africaines à un niveau comparable à celles de leurs pairs dans les autres régions du monde ». Pour réunir une telle somme, les États devront pouvoir compter sur un apport massif du secteur privé.

Alors que les gouvernements ont financé 41% des infrastructures entre 2016 et 2020 (contre 48 % provenant des bailleurs de fonds du développement et 11% des investisseurs privés), leur capacité à mobiliser davantage est freinée par des contraintes comme le poids croissant de la dette souveraine.

Le rapport note ainsi que, entre 2019 et 2023, les États africains ont dépensé sept fois plus pour le service de la dette que pour les infrastructures, et que 15 pays ont consacré davantage aux intérêts de la dette qu’aux investissements dans les infrastructures.

Dans ce contexte, un environnement plus favorable à l’investissement privé pourrait renforcer, dans les prochaines années, les flux de capitaux vers les secteurs clés de la transformation productive : routes, chemins de fer, câbles à fibre optique, énergie solaire, ou encore renforcement des infrastructures intra- et interurbaines.

Rassurer les investisseurs

Déjà entre 2013 et 2022, les pays africains sont restés en marge du triplement des investissements privés mondiaux dans les infrastructures, ne captant que 6% à 8% du total. « Plus récemment, la hausse des coûts et la détérioration des conditions macroéconomiques ont même fait reculer les transactions de capitaux privés dans les infrastructures africaines, passant de 1,8 milliard USD en 2023 à 1,2 milliard USD en 2024 », précise le rapport.

Si le continent dispose d’atouts pour attirer les investisseurs — notamment des rendements pouvant atteindre 20% — les auteurs estiment qu’un meilleur accès à des informations claires et transparentes sur les risques demeure crucial pour dynamiser l’investissement privé et réduire le coût moyen du capital pour les projets d’infrastructures, estimé à 13 % en Afrique, contre 10% dans les pays en développement d’Asie et 8% dans les pays de l’OCDE. « Les informations sur les risques aux niveaux national et sectoriel sont souvent trop limitées pour permettre aux investisseurs privés d’identifier les opportunités et d’évaluer les risques en toute objectivité », souligne le rapport, qui cite les progrès enregistrés dans certains pays grâce à l’amélioration du cadre réglementaire.

« De solides cadres réglementaires et une promotion active des investissements ont notamment permis le succès d’initiatives telles que le Renewable Energy Independent Power Producer Procurement Programme (REIPPP) en Afrique du Sud et l’émission par l’Égypte de la première obligation verte souveraine du continent », expliquent les auteurs.