À Windhoek, en Namibie, une nouvelle station terrestre capte désormais les données envoyées depuis l’orbite. Financée par Pékin et remise aux autorités namibiennes le 12 février, elle permet de traiter des images issues notamment du satellite sino-brésilien d’observation de la Terre CBERS-4. Derrière cet équipement discret se joue une stratégie de long terme.

Lors de la cérémonie, l’ambassadeur de Chine en Namibie, Zhao Weiping, a qualifié l’installation de  »premier projet d’assistance au développement de haute technologie » de Pékin dans le pays. Il a ajouté que cela  »démontre clairement le ferme engagement de la Chine à soutenir les pays africains dans le développement de la science et de la technologie ». La station est exploitée par la Namibie, après formation de techniciens locaux.

Des infrastructures au sol pour ancrer la présence chinoise

La Namibie accueille déjà une station de suivi spatial à Swakopmund, ouverte en 2001 pour soutenir les missions habitées chinoises et gérée par le Centre de contrôle des satellites de Xi’an, dépendant de l’Armée populaire de libération. Ces installations terrestres sont essentielles : sans elles, les satellites ne transmettent ni données ni commandes.

Bulelani Jili, professeur adjoint à l’Université de Georgetown, estime que la stratégie repose sur une  »présence stratégique et un verrouillage technique ». Selon lui, ces équipements peuvent faire de la Chine  »le partenaire par défaut pour la maintenance, les mises à niveau, la formation et la bande passante, rendant les alternatives coûteuses sur le plan opérationnel et financier ». Il y voit aussi une forme de soft power.

Le modèle s’étend au-delà de l’Afrique australe. En Algérie, les satellites Alsat-3A et Alsat-3B ont été lancés depuis le centre spatial de Jiuquan en janvier, dans le cadre d’un contrat signé en 2023 avec la China Great Wall Industry Corporation. Le partenariat inclut systèmes de contrôle au sol et formation technique.

L’Égypte, pivot régional d’un corridor spatial

Au Caire, l’investissement chinois dans Egypt Space City a permis la création d’un centre d’assemblage et de test de satellites. En décembre, l’Égypte y a préparé la mission SPNEX, lancée par une fusée chinoise Lijian-1 Y11. L’infrastructure accueille désormais le cœur opérationnel de l’Agence spatiale africaine de l’Union africaine.

Mustapha Iderawumi, analyste chez Space in Africa, inscrit ces projets dans le corridor d’information spatiale lié à l’initiative  »la Ceinture et la Route ». Il souligne que ces coopérations offrent des solutions  »de bout en bout » : conception, lancement, stations au sol et formation, souvent à coût réduit et avec un financement flexible.

Au sol, la vraie bataille spatiale

Julie Klinger, professeure agrégée à l’Université du Delaware, rappelle que la puissance spatiale dépend avant tout des systèmes terrestres.  »Ces investissements contribuent à institutionnaliser des relations qui perdurent bien au-delà d’une mission unique », explique-t-elle. Elle note que ces installations normalisent aussi les standards techniques chinois, notamment via le système de navigation BeiDou, présent en Tunisie.

L’Union européenne, l’Italie ou les États-Unis restent actifs à travers GMES Afrique, le centre spatial Luigi Broglio au Kenya ou le programme Servir Global. Mais la Chine domine aujourd’hui la construction d’infrastructures complètes sur le continent. En multipliant les stations et centres de données, elle installe une présence durable, au cœur même des flux d’informations orbitaux africains.