En ce dernier vendredi de février 1976, Saint-Nazaire, enveloppé dans un épais drap de brouillard, grelotte de froid. Mais peu avant minuit un phénomène inquiète. Du côté de la Soucoupe le mercure grimpe brutalement et une explosion fait vaciller le vaisseau de béton inauguré une poignée d’années plus tôt. Quatre mille poitrines se tendent, hurlent, exultent, lâchent ce même cri de joie Roland Cazeaux est champion d’Europe.
Alors que la clameur dégouline des travées de la Soucoupe pour s’écraser au pied du ring, l’enfant de la Bouletterie devenu prince de Saint-Nazaire, se pare de cette ceinture qui fait de lui un grand d’Europe.
« En montant sur le ring j’avais une responsabilité »
Petit par la taille, il affiche 1,62 m sous la toise, mais grand par le talent, Roland Cazeaux, un Napoléon avec des gants, a remporté sa campagne européenne au bout d’un interminable combat en, c’était la norme à l’époque, quinze rounds menés tambour battant. Un demi-siècle plus tard, la silhouette à peine épaissie et la chevelure tout juste argentée, le compagnon de chambrée de Cyrille Guimard et Henri Michel au Bataillon de Joinville, rembobine le fil de ses souvenirs. Je savais que Haeck frappait fort et j’ai cherché à l’épuiser durant les cinq premiers rounds.
Mais c’est à partir de la dixième reprise que le plombier-chauffagiste qu’il redevenait à sa descente des rings a porté le coup de grâce. Gaëtan Micallef et monsieur Quéfféléan, qui étaient dans mon coin, m’ont dit : vas-y.
Alors tel un cyclope, avec un œil fermé après un coup de tête, le boxeur super-plumes nazairien porté par tout un peuple a enchaîné crochets et uppercuts pour devenir le premier, l’unique, le spécial one, le champion d’Europe.
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Son successeur toujours attendu
En montant sur le ring j’avais une responsabilité, je voulais offrir à Saint-Nazaire ce titre de champion d’Europe qui s’était refusé à Charlot Colin et Souleymane Diallo quelques années plus tôt.
Il ne savait pas ce soir-là que cinquante ans plus tard, Saint-Nazaire attendrait toujours son successeur. Germain Lemaître (1983), Stéphane Cazeaux (1999) et Mihaita Mutu (2026), le boxeur roumain de l’Union Méan-Penhoët, se sont lancés sans succès dans la quête du Graal. Ce 27 février 1976 a signé l’acte de naissance de celui qui restera longtemps le numéro un de la boxe nazairienne.
Un numéro un qui lorsqu’il poussa pour la première fois la porte d’une salle de boxe, il avait tout juste 17 ans, n’avait qu’une ambition devenir champion de France. Mais quand le talent s’en mêle…
Roland Cazeaux en bref
Né le 7 septembre 1947à Saint-Nazaire
Catégories : plumes et super-plumes
Amateurs : 26 combats, 19 victoires (8 avant la limite), 1 nul, 6 défaites. Sélectionné pré-olympique pour les JO de Mexico (1968)
Professionnels : 56 combats, 33 victoires (7 avant la limite), 6 nuls, 17 défaites. Champion de France des super-plumes en 1975, 1977, 1978. Champion d’Europe des super-plumes en 1976. Il dispute son dernier combat le 12 mai 1979