Le supporter du XV de France a l’habitude de retenir son souffle. Souvent pour le meilleur, lorsque Louis Bielle-Biarrey déclenche une accélération ou Antoine Dupont un tour de passe-passe. Parfois pour le pire. Lorsqu’un ouvreur anglo-saxon balance un coup de pied dans les airs, l’instant suspendu est douloureux. Réceptionner les ballons hauts n’a jamais été une spécialité française. À raison d’une vingtaine de duels aériens par match international, c’est fâcheux. Autant dire que les Irlandais ne se priveront pas d’allumer des chandelles dans le ciel du Stade de France, jeudi soir en ouverture du Tournoi des Six Nations (21 h 10, France 2).
Cet éternel motif d’inquiétude a été ravivé, il y a un peu plus de deux ans, par le cruel quart de finale de la Coupe du monde contre l’Afrique du Sud. La confrontation, titanesque, a basculé sur des missiles longue portée tirés par les Springboks et mal contrôlés, sanctionnés par deux essais. Depuis cet épisode traumatique, le jeu aérien a pris plus de place encore en raison de l’interdiction des joueurs « escortes », ces gardes du corps chargés de protéger leur réceptionneur, par World Rugby en novembre 2024.
Maîtriser ces phases de jeu est un prérequis pour s’asseoir à la table des meilleurs, pose un ancien expert de l’exercice, Yoann Huget : « C’est une manière terriblement efficace de gagner ou de perdre du terrain, parce que c’est du 50-50 pour récupérer le ballon quand un adversaire vous le conteste. » Même s’il prend le dessus, le défenseur peut être mis sous pression. « Souvent tes coéquipiers sont devant le ballon, donc tu te sens vite seul au monde face à dix mecs qui montent sur toi », poursuit l’allier aux 62 sélections. Et quand l’adversaire le subtilise, « c’est sauve qui peut » : l’équipe a entre trois et cinq secondes pour reconstituer une organisation défensive correcte et limiter la casse.